Suite 2/2 du témoignage de MAIRE René

De Corneille à El-Madher :

De Batna au col de Telmet jusqu’à Bernelle, la route était très sinueuse, très pentue et très étroite. Le convoi roulait à allure très réduite pour éviter de déraper sur le côté et de tomber dans le précipice. Pourquoi ce changement d’itinéraire ? Pour éviter d’être pris comme cible sur le chemin du retour.

A la fin des moissons 1956, nous changions de secteur pour nous installer à El-Madher, village situé à 900 m d’altitude dans le massif du Bouarif au nord-est de Batna. Ce fut un secteur plus grand que celui de Corneille, également plus actif par l’ennemi. Un massif plus étendu qui offrait à l’ennemi la possibilité de se cacher et se terrer (vallées escarpées de roches, grottes). Difficile d’accès pour nos véhicules, nous devions nous déplacer à pied sur des rochers, des taillis touffus très pentus pour effectuer nos opérations.!

La vie à El-Madher : 

Nous nous sommes installés à El-Madher en été 1956. Je faisais partie des transmissions de la compagnie. Comme évoqué plus précédemment, il fallait à nouveau hisser les mats des antennes, installer les postes radios dans un local que l’administrateur nous a mis à disposition, seul bâtiment qui était protégé des pannes électriques provoquées par l’ennemi qui sectionnait les poteaux des lignes électriques. Nous avions des liaisons avec Khenchela (lieutenant-colonel Reverdy) et avec les autres compagnies. En contrepartie l’administrateur nous demandait d’effectuer les vacations journalières sur son poste civil afin de recevoir des messages et d’envoyer des rapports administratifs vers Batna et Constantine.

La radio au 3/94 RI :

Vacations et écoutes permanentes 24 heures sur 24. Pour des raisons de sécurité nous changions d’indicatif tous les mois, souvent toutes les semaines. Tous les messages étaient chiffrés, jamais en phonie, uniquement en graphie (morse).

3 vacations journalières - El Madher 1956-57.

Le train de vie fut plus mouvementé qu’à Corneille. En plus du contrôle des routes et de la protection des moissons, nous avions à ouvrir la voie ferrée sur un tronçon de quarante kilomètres entre Batna et Constantine où l’autorail journalier sautait souvent sur des mines.

Toutes les 48 heures nous partions en opération pour un jour et une nuit. Nous partions en convoi souvent le matin tôt et passions la journée et la nuit dans le djebel pour ne rentrer que le soir suivant.

Ce furent des opérations de grande envergure. Nous étions souvent plusieurs unités venues de Batna avec l'aviation qui nous appuyait par un Piper. Evidemment, les liaisons radios ne devaient pas faillir, nous étions souvent pris sous des orages violents où les liaisons radios n'étaient plus possibles. Dans ces conditions-là nous nous protégions en trouvant refuge dans d'autres véhicules GMC ou 4 x 4 bâchés . Il était déconseillé de rester près du poste radio avec son antenne de 10 mètres qui risquait d'attirer la foudre.

Le secteur dont nous faisions partie s’étendait sur un périmètre important. Citons quelques localités de ce périmètre : Batna, Lambèse, Laveran, Timgad, Bou-el-freiss, Chemora, Lutaud, Fontaine Chaudes, Pasteur, Fesdis et au centre El-Madher. L’Aurès-Nemencha est une région aride, désertique, rocheuse et difficile d’accès pour les véhicules. Roches coupantes, pneus crevés, pannes mécaniques difficiles à dépanner sur place. Le téléphone qui reliait les différents services était souvent coupé par des saboteurs nocturnes habitant le village.

Rencontres :

Entre avril 1956 et novembre 1957, époque de ma présence au 3/94 en Algérie, j’étais sous les ordres du commandant Allard, du lieutenant QUINET (rappelé) et du sergent-chef BAILLY. Aux transmissions nous étions trois sergents pour assurer les liaisons radios : CARESMEL, CHAPUT et MAIRE. Après le commandant ALLARD, nous avions le capitaine RASPAIL et aux transmissions l’aspirant CRAPET.

Les divertissements au 3/94 RI :

Nous avons participé à un défilé et une prise d’armes lors du passage du général SALAN sur la place du village début 1957 à El-Madher

Le soutien du personnel au 3/94 RI en 1957 :

Malgré la distance qui nous séparait de nos familles, il y avait aussi des soins d’hygiène personnelle qu’il ne fallait pas négliger. Le lavage du linge, les coupes des cheveux, car il n’y avait pas de coiffeur dans la section ni dans la compagnie. La nourriture fournie par l’ordinaire était récupérée à l'extrémité du village et nous la mangions sans trop d'appétit car c'était majoritairement du mouton cuit à l'eau avec des lentilles et patates...

 

L’auteur, René MAIRE, au poste radio civil administration - El Madher 1956-57.

 

                                              

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