MON SEJOUR A OUED-TAGA

OUED-TAGA SILO !

Au cours de l’été 1957, dans une ferme des Aurès un stockage collectif de blé contrôlé par l’armée a été mis en place. Peu évoquée dans les médias ou les ouvrages sur l’Algérie, cette expérience nous est décrite par Jean JATTEAU,  sergent à l’époque et acteur de ces faits.

Incorporé en Alsace en mai 1956, puis transféré en Algérie en septembre de la même année j’arrive à la base arrière du 2° Bataillon à Batna avant de monter vers les Aurès. Je rejoins la ferme d’Oued Taga  ayant une superficie de 350 hectares cultivables puis au bout de quelques jours je suis muté au PC de la 6° Compagnie à Bou-Hamar.

J’ai à peine le temps de faire connaissance du secteur, qu’au bout de 4 jours, me voilà désigné avec d'autres camarades pour suivre le peloton de sous-officiers à Fontaine Chaude à  proximité de Khenchela.

A l'issue de cette formation, qui a duré 11 semaines, je retourne à Oued Taga et Bou-Hamar et pendant six mois pour  « crapahuter » dans les Aurès-Nementcha interrompu par un stage semi-commando de 3 semaines avec ma section à Biskra, la porte du désert.

Je passe rapidement sur cette période, car ce que je vais évoquer maintenant se situe essentiellement à Oued Taga où je suis muté à partir du 20 Juin 1957 et de façon définitive. J’effectue ma première permission en Août et au retour c'est la surprise. Dans ce poste, en fait une ancienne ferme,  il y a quelques bâtiments agricoles (grange, écurie, vacherie) dont l'un d'entre eux sert au logement de la troupe (une trentaine de militaires environ). Notre mission est d’assurer la protection des convois au col du Cherchar une fois par semaine et de sécuriser les populations du secteur. Vu le nombre restreint de présents dans le poste en soldats et en encadrement, nous effectuons des gardes toutes les nuits

    

J'en arrive-enfin- au paradoxe qui m'a concerné dès l’été 1957, probablement lié à mes origines et à mes études agricoles, sait-on jamais ?

Suite au racket permanent auprès des populations rurales de la part des combattants du FLN, une décision inattendue est prise par les autorités militaires : chaque producteur doit obligatoirement venir stocker la totalité de sa production céréalière ''au poste'' transformé en silo de réserve (sans être absolument certain que cela se fasse à 100% !!!). Forcément aucun équipement spécifique n'existe, il  faut se contenter de moyens de fortune et improviser.

Chacun, selon l'importance prévisible de ses apports, doit fournir ses couffins personnels dans lesquels sera stocké son grain (orge ou blé dur séparément).

A des matinées prédéfinies, ils attendent tôt le matin, une enfilade d'ânes chargés de façon très équilibrée. Il est procédé, par mes soins, au pesage de chaque contenant avant d’être transvasé dans le couffin adéquat.

Un maximum de renseignements sont portés sur un registre : nom, lieu-dit, nature, date du dépôt et quantité reçue afin de faciliter la restitution par la suite. Je rappelle que l'objectif de l'opération est d'éviter la ponction trop rapide de la récolte par le FLN. Mais en définitive, le problème est repoussé puisqu'il est prévu une restitution mensuelle entre octobre et juin/juillet à raison d'un dixième de l'apport initial.

Se doutant et s’apercevant que les rebelles viennent faire leurs prélèvements les jours suivants la restitution, il faut effectuer des patrouilles nocturnes préventivement mais aux succès minimes trop souvent.

L'objectif de départ n'a donc pas été celui escompté. Toutefois cela m’aura permis certains contacts avec la population et protégé indirectement notre petit poste d'Oued Taga ce qui m’a fait jouer un rôle de bouclier protecteur.

Veuillez bien vouloir excuser ma mémoire un peu défaillante pour entrer dans davantage de détails de logistique. Il m'en reste tout de même une expérience de contact avec les producteurs locaux et leur satisfaction à cette initiative qui leur apportait une certaine protection, même si on se doutait sans nul doute que le racket mensuel continuait d'exister. D'ailleurs l'expérience n'a pas été renouvelée avec la récolte de 1958.

A tout hasard si, à la lecture de ces quelques souvenirs, certains d'entre vous avaient des témoignages complémentaires, n'hésitez pas à lui en faire part pour rafraîchir une mémoire qui s'estompe au fil des ans.(ndlr)   

Jean JATTEAU   

 ( Rédigé en janvier 2015 )     jjatteau@orange.fr

   

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