Parcours, impression, ressenti et témoignage sur l'épisode algérien

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 Guy W. en 1960 Le même en 2011

 

 

MON TEMOIGNAGE

Je suis né  en 1938 à Paris 75014 – Classe 58/2A, j’ai été sursitaire incorporé en février 1959 avec la 59/1A au 1er BCP à la caserne Jeanne d’Arc – Boulevard Pommery à  Reims.

Incorporé au peloton des caporaux pendant 4 mois, j’ai fait ensuite 2 mois de casernement à l’entretien.

Auparavant les classes partant pour l’Algérie se rendaient dans le nord-est Constantinois  près de la presqu’île de Collo, en bord de mer.

J’ai fait partie du premier contingent pour Kenchela dans le sud constantinois. J’ai perdu de vue de bons copains de classe.

En juillet, direction le camp de Mourmelon en camion pour rejoindre les wagons qui nous mèneront à Marseille.

Arrivés, nous prenons la direction du camp Sainte Marthe  à Marseille. Le soir, à trois, nous faisons le mur pour aller  nous taper une bouillabaisse sur le vieux port et se faire un bain de minuit au pied du fort Saint Jean.

Le lendemain nous embarquons pour l’Algérie sur un vieux rafiot, ‘’Le Pasteur’’ qui avait ravitaillé en Corée et en Indochine. On apprend qu’il a déjà été réformé quatre fois. En mer une demi-heure après, exercice de survie qui consiste à nous donner le mode d’emploi des gilets de sauvetage. Ne rêvez pas, l’hôtesse de mer ressemble davantage à un vieux marsouin qu’à une affiche de pin up pour chauffeur routier. Je ne vous décris pas le folklore sur ce rafiot qui se traine, entre l’odeur de gasoil, de relent de vinasse et de vomi. La classe quoi !

Pour clore la plaisanterie, on nous indique de grandes plaques de liège entassées sur le pont pour suppléer au manque de gilets de sauvetage, vu qu’on est en surnombre. J’ai fait la traversée, les godillots autour du cou et prêt à  balancer mon froc s’il fallait se foutre  l’eau.

Arrivée à Bône, direction illico le petit train du bled direction Constantine de peur que l’on se fasse la malle à la vue du paysage. Luxe garanti pullman (40 hommes ou huit chevaux) il manquait un peu de paille pour le rendre plus confortable.

Changement de train au KROUBS avec un wagon devant rempli de sable  et un autre avec une tourelle armée d’une  12.7. On n’a même pas le moindre flingue pour protéger nos cacahuètes le cas où.

Arrivée à Kenchela où nous passons la nuit sous une tente marabout à l’odeur infecte. Avec quelques collègues nous sommes  incorporés au 2/94 – 5ème Cie,  à la ferme Martin, tout près d’Edgard Quinet où se trouvait le PC du deuxième bataillon. Je perds mon dernier copain parti comme radio graphiste au 1er bataillon  Taberdga. Je le reverrai dix mois plus tard en venant en opé dans son secteur pour intercepter des Fels qui ont contourné le barrage électrifié.

Le Commandant de Cie est le Capitaine ANGELINI. Quelqu’un d’assez hermétique et peu communicatif. On sentait qu’il était là juste pour faire de la présence en attendant la fin de son temps en Algérie. Son adjoint était le Lieutenant de la MORLAIS. Un peu distant. Tous deux un peu trop à  cheval sur la hiérarchie. Genre, les serviettes avec les serviettes et les torchons entre eux. Ambiance coincée qui n’amène pas  se dépasser plus que nécessaire.

Je me suis retrouvé  la 2ème section où j’y ai tenu tous les emplois au milieu de la section. Chargeur FM, Lance patates, voltigeurs, fusil lunette selon les missions (ayant mon brevet de tireur d’élite) pour terminer tireur FM.

On a été assez rapidement mit dans le bain ; Patrouille de nuit, embuscades, crapahutage, opérations, la 5ème Cie étant opérationnelle 24/24h et, malheureusement, nous avons rapidement eu à compter les pertes de copains. 

Au mois d’octobre, la 5ème passe sous l’appellation Commando de Chasse L 134. Des changements dans les ration, les tenues et casquette et veste camouflées, voir, parfois des pantalons, les chaussures, filet personnel de camouflage, djellaba, sac de couchage etc..).

Début janvier 1960 nous migrons de la Ferme Martin au village de Aïn Mimoun où se trouve un regroupement des familles de fellahs où elles sont protégées des exactions des rebelles fellaghas.

Poste créé par la demi-brigade de la 13ème DBLE pour la protection de l’école et de la SAS et du village. A notre arrivée il avait été occupé é par un groupe d’artilleurs avec batterie de 105 m/m.  Malheureusement les occupants se croyaient d’avantage en vacances, type Club Med, que dans un poste avancé perdu au milieu du bled auquel il fallait assurer un minimum de sécurité.

Peu de patrouille, aucune embuscade, le poste était continuellement harcelé par un commando fell qui avait élu domicile dans les anciennes mines de fer, sur le djebel Faroum, qui surplombait le poste et le village.

Les artilleurs avaient quelques supplétifs du village mais qui servaient davantage de ravitailleurs pour les fells en cartouches (aucun contrôle) et en vivre en pénétrant le village la nuit venue.

Si bien qu’un jour, lors d’une corvée de bois, dans l’halftrack en protection, où tout le monde roupillait tranquillement, les cinq occupants se sont fait surprendre et égorger. Les fels ont récupéré la 12.7, les munitions et tout l’armement  des pauvres gus.

Lorsqu’on est arrivé il a fallut remettre de l’ordre dans le poste, le village et dans les supplétifs puis sécuriser les alentours du poste et reconnaitre les points de passage  en faisant patrouilles et embuscades. Les harcèlements du poste se sont vite arrêtés et le village à nouveau sécurisé.

Le commando a adopté une autre configuration en quatre Sections, soit une section de commandement européenne, 1 section européenne et deux sections harkis que nous avons formés avec les jeunes du village. Soit 120  130 gus opérationnels plus une quarantaine qui gardait ou servait le poste en l’absence du Commando.

Je passe caporal et suis assigné comme radio à la troisième section Harkis sous le commandement de l’Adjudant CHAVEROCHE. Entre deux opérations je fais des remplacements comme sous-officier d’ordinaire et chef radio du poste.

Quelques opérations plus tard c’est la perm de 15 jours. Je retombe dans un monde complètement oublié et dans lequel je me sens un peu dépaysé. Ambiance bizarre, déconnectée complètement des évènements qui se passent en Algérie si loin de la vie que nous vivons en là-bas depuis des mois.

Quelque part cela me choque comme m’ont choqué les photos des poilus de 1914-18 dans les tranchées et la souffrance alors qu’à Paris on faisait la fête sans se soucier des milliers de morts  qui tombaient chaque jour !!!

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