Témoignage du Colonel PARISOT - 2

 

Le « terrain » présentait un échantillonnage de tous les paysages possibles à cette latitude ; il n y manquait qu ’une zone littorale et une région frontière ; ainsi, mon hélicoptère me transportait en une vingtaine de minutes des forêts de cèdres de l’Aurès (le Chélia culmine à 2 500 m) aux Chotts salés et aux dunes du Sahara, au-dessous du niveau de la méditerranée, en survolant des plateaux d’alfa dénudés ou des oasis de palmiers- dattiers. Deux fois par an, le mouvement pendulaire ancestral de l’Achaba ouvrait ou fermait aux nomades leurs terrains de parcours du sud.

Nos effectifs se répartissaient en une trentaine de postes (généralement d’une compagnie, mais certains étaient d’une section et même des tours isolées, à l’équipage d'une poignée d’hommes, surveillaient certaines roules et pistes propices aux embuscades).

Les opérations étaient déclenchées par surprise sur renseignements ou s’appliquaient à priori à des compartiments de terrain. Elles se déroulaient souvent selon le schéma suivant : un « bouclage » simultané verrouillant une zone que des éléments mobiles à pied « ratissaient » ensuite des sommets vers les fonds. Tout l’art consistait à ne pas donner l’éveil aux bandes fellagas et à transporter le plus vite possible en camions ou en hélicoptères des détachements venant de points différents et situés à des distances variables. Autre problème, celui des « appuis-feu », pour ne pas risquer, sur les trajectoires d’artillerie ou de mortiers les avions d’obsemation ou d’intervention au sol.

Pour éviter les méprises, un signe de reconnaissance changé chaque fois était indispensable : il consistait en un foulard de couleur arboré tantôt au chapeau de brousse, tantôt à l ’épaule, au bras, etc.

Les innombrables servitudes de 1 ’occupation des postes devaient être prises en compte : ainsi le ravitaillement du plus éloigné d’entre eux nécessitait l’hiver deux jours de déplacement, sur un itinéraire dont la sécurité devait être assurée par trois ou quatre compagnies fixes ou mobiles.

Enfin, autre écueil à éviter en cas de grande opération occasionnant la venue de renforts étrangers au secteur (par exemple parachutistes) : les dégâts éventuels commis par les « invités » et risquant d’anéantir des efforts d’approvisionnement patient des populations par les garnisons locales. Car la population était à juste titre, avant même le combat, notre principal souci ; et lors de mon départ en 1960, elle était si bien acquise que je suis allé seul, sans escorte et sans la moindre appréhension, prendre congé de mes administrés civils en plein souk, dans la foule bruyante et bigarrée attirée par la musique du régiment, jouant, bien entendu, sans armes.

Sans doute récoltai-je ce jour-là le fruit de nos efforts : la mise hors de combat des rebelles dans leur principal repaire, le rude Aurès ; l’ouverture d’une route goudronnée, la mise en service d’un hôpital, la construction de maisons salubres pour les miséreux d’un bidonville, l’essor donné à une ferme modèle, l’animation des écoles primaires par des instituteurs civils ou militaires, des adductions d’eau dans les villages, la sauvegarde d’un barrage, l’inauguration d’une maison des combattants pour les vétérans musulmans des guerres de 1914-1918 et 1939-1945... Sans oublier pour l’entretien du moral des civils une démonstration d’appui aérien, une conférence littéraire, un récital de piano (par ma fille primée au conservatoire de Paris et qui bénévolement soignait, parfois sans escorte, femmes et enfants dans les mechtas) et enfin des cours de tricot, alphabétisation et puériculture, tâche de la sous-préfète qui se dévouaient auprès des administrés.

                

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