J'avais 20 ans dans les Aurès - page 11

 

Il faut savoir que l’équipement du voltigeur de pointe pèse 15 kgs 900 : Le pistolet mitrailleur 4 kgs 200, 7 chargeurs 4 kgs 725, 2 bidons d’eau (l’été) 3 kgs, sac à dos 0 kg 5OO,  couchage

 1 Kg 300, 2 grenades 0kgs 550 Kg. En ce qui me concerne l’appareil photo babysem 0kg 300. 2 boites de ration 1 Kg 400.

Celui du tireur F.M. pèse 19 Kgs : le F.M . 9 kgs, 4 chargeurs 3 Kgs 600, 2 bidons 3 kgs, 1 sac à dos 0 Kgs 500, couchage 1 Kg 300, 2 rations 1Kg 400.

Celui du pourvoyeur pèse 21 Kgs 500 : 10 chargeurs 9 Kgs, 1 fusil MAS 56 4 Kgs700, 4 chargeurs 0 Kgs 450, 2 bidons 3 Kgs, couchage 1 Kg 300, 1 sac à dos 0 Kg500, 2 rations 1 Kg 400.

Il faut porter cette charge pendant des kilomètres en pleine nature rocailleuse, par tous les temps, par toutes les températures qui vont de moins 10° à plus 40 !!!!! et monter et descendre

Jusqu’à des dennivelés de plus de 200 mètres !!!!!! Le bagne.

Suite à cette aventure, je me suis porté volontaire pour le peloton des élèves caporaux  alors qu’à Reims pendant mes classes j’avais refusé. Ici, je me suis dis que pendant les cours d’instruction je serais à l’abri ( à l’abri de quoi ?) Et me voilà parti à la ferme école à Edgar Quinet pour 6 semaines.

Maniement d’armes, cours de combat, instruction militaire avec un connard de sergent engagé ADL, bon à rien dans le civil, et nul dans l’armée : GARNIER, un petit bonhomme plein de suffisance qui tenait à ses galons comme à la prunelle de ses yeux et qui se faisait, qui essayait, de se faire respecter. Un Sous Lieutenant très élégant qui était près de la quille et qui n’en avait plus rien a foutre, qui ne pensait qu’à rentrer en France, voilà le topo de notre stage. Le train train ……. Jusqu’au jour où………………

Nous étions tranquillement en train de faire un exercice sur le terrain, ALERTE, embuscade près de notre terrain d’exercice, on fait appel au P1, le plus proche du lieu de l’action. Vite retour au campement, armement, grenades, munitions, embarquement dans les camions et en route biloute.

Nous embarquons dans un GMC blindé, avec un chauffeur novice qui n’a jamais conduit de GMC blindé. Il faut savoir qu’un GMC blindé a une visière blindée sur le pare brise qui ne permet qu’une vision très rétrécie de la piste tracée au bull et sommairement aménagée. Ce qui fait que notre chauffeur néophyte nous emmène cahin-caha en prenant de temps en temps la « bordure » en l’occurrence les rochers qui bordent la piste à gauche parce qu’à droite c’est le ravin, on fait de temps en temps un grand bond : un rocher serré de trop près, la roue avant du GMC montant sur le rocher et c’est l’embardée. Combien de jeunes militaires sont morts bêtement dans ces accidents dus au manque de formation et à l’inexpérience    ? Je suis à cheval sur le blindage, près à sauter avant l’accident, le blindage n’est plus une protection mais un handicap !!!!!

Nous arrivons sur les lieux  de l’accrochage. A l’arrière d’un GMC, sous des toiles de tente apparaissent les rangers, pointes en l’air, des gars qui ont été tués : il y a le lieutenant Léon, 2 ou 3 Fels, un chauffeur ou un radio, je ne me souviens, plus complètement traumatisé : mis en joue par un fel  il a eu la vie sauve parce que l’arme du fel s’est enrayée. Ce pauvre garçon aura beaucoup de mal à s’en remettre (Là, pas de soutien psychologique) Le pauvre, je l’ai vu encore tout tremblant à la pensée qu’il avait échappé à une mort certaine, il m’a dit ne se souvenir que du petit trou noir du bout de l’arme du fel, petit trou noir qui devait lui donner la mort. Par miracle l’arme s’est enrayée, tout s’est arrêté, mais lui dans sa tête ça continue et ça continuera longtemps, pendant des années, il n’est pas près d’oublier !!

Et nous montons une opération. Ratissage pour essayer de coxer les fels. En route, l’hélico de protection tourne autour de nous, il y a du monde pas loin, les fels sont repérés, le Mamouth (l’hélico), tire au canon de 20m/m à 30 m de notre position, ça fait froid dans le dos, j’entends mon voisin, l’infirmier,  chier dans son froc, pauvre garçon il n’a pas su se retenir, ça ne sera pas ébruité, il ne sera pas la risée de tout le monde,  après tout ça pourrait nous arriver.

Et, encore une fois, nous rentrons bredouilles, bien fatigués, moralement et physiquement. Il y a de quoi baisser les bras,  malgré tous les moyens employés, nos « ennemis » se sont encore évaporés dans la nature en tuant deux des nôtres. C’est ça la pacification et le maintien de l’ordre vus de la métropole par des gens irresponsables qui font la guerre sur les cartes d’état major en déplaçant des petits drapeaux et en baptisant des opérations de noms charmants et pourquoi pas champêtres : oasis, jumelle, escarpolette, etc………. Et pendant ce temps là, les appelés souffrent en silence parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement, ils ne peuvent pas s’exprimer, ils subissent.

Ce jour la, c’était le 22 Septembre 1961. Encore une date gravée dans la mémoire à tout jamais. Il faisait beau, il faisait chaud, la nature était belle mais ça sentait la mort !!!!!!!!!!

Encore une fois, on se demande ce qu’on est venus faire ici, on ne comprend plus, on n’attend plus qu’une chose : la quille. Et le ras le bol gagne tout le monde, les gradés comme les appelés, nous avons tous un sentiment d’inutilité alors qu’en France notre avenir nous attend, mais quel avenir ?

Bien sur, pour les engagés, ce n’est pas la même chose : ils sont payés, touchent des primes de risque, sont comme les gendarmes : font faire le sale boulot par les appelés et récupèrent les honneurs.

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