J'avais 20 ans dans les Aurès - page 4

 

J’ai eu la chance d’avoir la visite de mon frère Jean Pierre et de mes amis Jean Marie Caloin , Christian et son épouse, ils sont venus me faire un coucou à Reims en venant de Lille, à l’époque c’était une expédition : pas d’autoroute et en Dauphine Renault, c’est quand même une grande marque de sympathie et c’est vrai aussi qu’on avait fait de bonnes javas ensembles avant mon départ et depuis le retour de Jean Marie, mon copain qui revenait d’un séjour de deux ans en Algérie. Leur visite m’a fait grand plaisir. J’ai revu Nicole au moins vingt ans après sur le marché de Sébastopol à Lille, elle n’était plus avec Christian mais se souvenait très bien de nos escapades !!!

Après cette période de manœuvres, jets de grenades, tir au lance roquettes, pose de mines piégées, nomado, parcours du combattant, visites sanitaires etc. Vint le temps du départ en Algérie précédé d’une permission de 7 Jours. 7 jours de retour à la vie civile, à la famille MAIS quelque chose avait déjà changé, dans le regard et l’attitude des passants. L’uniforme ?  Le langage ? Les évènements ? Va savoir. Moi, j’étais prêt pour le départ et même un peu curieux de savoir ou j’irai, dans quel régiment,  allais- je rester avec mes nouveaux copains ? L’armée, c’est ça, on vous conditionne et à la dernière minute on remet les pendules à zéro, tant pis pour vous !!!

Retour à la caserne Jeanne d’Arc pour quelques jours de beuveries, de fête, de n’importe quoi,  de saccage, de destructions gratuites. Rassemblement avant le départ, grande engueulade de la part du colon, prise de quelques otages pour la forme (on s’en fout, on les emmerde, on part demain) la belle excuse !!!

Je me souviens d’un incorporé sursitaire, marié, père d’un enfant, espagnol qui désirait se faire naturaliser français  à l’époque il fallait en avoir envie !!) Moralés,  âgé de 26 ans, père d’un enfant, futur papa. Il était quand même sur la liste de départ pour l’A.F.N. et il attendait avec impatience l’accouchement de sa femme pour être exempté d’A .F.N. La veille de notre départ il a reçu un télégramme : père de jumeaux, non seulement il ne partait plus pour l’A.F.N. mais il ne faisait PLUS que 18 mois en tant que père de trois enfants. Il lui restait 14 mois à tirer, le pauvre avec le prêt du soldat qui s’élevait à l époque à 4 f 32 tous les 15 jours, lui dont la femme venait tous les 15 jours en train de l’Est pour le rejoindre à l’hôtel !!!! Je me demande comment ils s’en sont tirés. A l époque pas de prime de mère au foyer, pas d’aide de quelque sorte que ce soit : il fallait assumer. Je n’ai jamais eu de leur nouvelles.

Nous sommes partis en convoi, direction Mourmelon pour prendre le train pour Marseille, tout le monde sait que c’est plus court de prendre le train à Mourmelon qu’à Reims pour aller à Marseille, va savoir pourquoi, il y a 2 gares à Reims, mais il valait mieux que l’on parte discrètement et surtout en cas de rébellion nous étions plus faciles à canaliser en terrain militaire. Tout s’est bien passé sauf une petite altercation avec les gendarmes qu’un de mes copains à traité de fainéants au passage d’un carrefour. Les gendarmes ont pris le convoi en chasse avec leur Juva quatre poussive et l’on stoppé pour essayer de trouver le coupable. Nous avions tous changé de place dans les camions et l’un des gendarmes déconfit et après avoir inspecté attentivement notre camion, nous a tout simplement souhaité de nous faire descendre en Algérie !!!!! Comme quoi le copain Milo n’avait pas tout à fait tord en les traitants de fainéants, après tout l’armée de métier c’est bien eux et c’est nous pauvres appelés qui étions chargé de faire leur boulot !!!! Pour 4 frs  32 toutes les quinzaines. Le peu de gendarmes que j’ai connu en Algérie étaient grassement payés, ne couraient aucun risque, étaient en casernement protégés par la troupe (les appelés,) ne sortaient que pour faire les procès verbaux quand nous les appelés avions eu un accrochage avec morts ou blessés. Ces messieurs arrivaient en véhicule blindé, bardés de gilets pare-balles, faisaient les cons tatations d’usage et récupéraient les honneurs : valeur militaire, citations et autres primes de risque. On ne peut pas dire que depuis je les porte dans mon cœur car depuis peu de chose ont changé. Un appelé qui meure c’est la routine. Un gendarme qui subit le même sort c’est un héros national (Ouvéa, le gendarme Nivelle à Lens etc ..) 25000 morts en 7 ans en Algérie c’est normal. 40 morts en Afghanistan en 9 ans  au 11 février 2010)  c’est une catastrophe, c’est bien dommage mais c’est quand même leur métier, ils sont volontaires et bien payés. Nous on ne voulait pas y aller et nous n’étions pas payés. Normal  d’avoir le sentiment de s’être fait B……Merci Mr Mitterand d’avoir envoyé le contingent en  A.F.N Je vous en suis éternellement reconnaissant.

Arrivés à Mourmelon après plusieurs heures d’attente, plusieurs rassemblements, ordres et contre ordres, nous embarquons enfin à bord de vieux wagons de 3 ème classe (aussi des réformés de la S.N.C.F.) Direction Nancy ! Pourquoi  Nancy, parce que c’est le plus court chemin pour aller à Marseille !!!! En fait on se regroupe avec d’autres appelés d’un régiment nancéen pour faire le voyage ensemble. Nous arrivons dans la nuit, dans une caserne lugubre, froide, humide, nous passons dans une espèce de préau éclairé par de faibles ampoules haut-perchées et qui jettent une lueur blafarde sur nos ombres mouvantes projetées sur les murs. On dirait un régiment de morts vivants, des soldats d’outre tombe, des soldats de la guerre 14 dont beaucoup ont du effectivement passer par le même parcours pour allez se faire tuer à Verdun et ailleurs. Soirée en casernement, certains en profitent pour se jeter sur les stylos bille et le papier à lettre pour faire un rapport circonstancié à leur famille et les rassurer alors qu’ils font exactement le contraire en informant leurs proches au jour le jour, l’avenir me donnera raison. Réveil en fanfare de bonne heure, il fait encore noir ! Nous sommes le 12 Juillet.

 Demain c’est l’anniversaire de mon petit frère, je n’y serai pas, on ne peut même pas communiquer (à l’époque pas de téléphone portable, même pas de cabines téléphoniques). Le mien, je l’ai fêté le 21 avril, jour du putsch d’Alger, Consigné au quartier, l’oreille collée au transistor. Nous devions être attaqués par les paras venus d’Algérie. Au départ on les attendait de pieds fermes et au fil des heures et après moult discussions et prises diverses de positions, la décision fut prise à l’unanimité : ON LAISSE PISSER ce qui veut dire en langage militaire : on ne s’occupe de rien et on voit venir. Sage décision, le pétard était un pétard mouillé. Ces événements m’ont permis d’être affecté à un camion sans avoir à passer mon permis militaire (J’avais passé mon permis P.L. dans le civil). Finies les marches interminables, j’allais chercher les copains en camion, fier comme Artaban !!!! Le bon temps a duré un mois. Au lieu d’aller à Monbré à pieds, j’y allais en camion ou en jeep avec les officiers.

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