J'avais 20 ans dans les Aurès - page 19

Retour à la compagnie à Taouzient, accueillis en héros avec notre prise de guerre, de l’habillement pour toute la section pour un bon moment, fini les pieds nus dans les pataugas et les poux de corps dans les pulls !!! Nous avions du ravitaillement pour un certain temps !!!

Petites patrouilles autour du village, chasse au sanglier pour améliorer l’ordinaire, nous tuons de temps en temps un sanglier et comme nos camarades F.S.N.A nous quittent pour rejoindre le maquis, nous sommes de plus en plus nombreux à manger du cochon.

 

Deville et Carmignani de retour de chasse.

Les F.S.N.A. étant désarmés et regroupés à la Ferme Martin à quelques kilomètres de Taouzient, nous nous retrouvons entre européens, les harkis de la 8 ont été abandonnés à Boulhermane, ils ne feront pas de vieux os ! Quant à nos anciens alliés, ils sont parqués dans la ferme Martin, entourée de barbelés.
Quand j’y suis allé pour passer la visite médicale avant de partir en permission en France, j’ai retrouvé Hamdani, nous étions séparés par des barbelés, et  qui m’a dit dans son parlé : Qu’est qu’on va devenir ‘ sardjent ‘ On n’en a plous di fousil et on est fermi comme di traitres, la France y nous laisse tombi, on va tous mourir, por nous, çi fouti. Et la désertion des appelés franco algériens a commencé. Il faut les comprendre, ils avaient le cul entre deux chaises : rester en Algérie et passer pour des collabos, partir en France et tout quitter pour aller où ? Ce qui fait que le soir nous partions avec notre armement pour rattraper nos anciens ‘amis’ déserteurs et éventuellement les abattre, mais le cœur n’y était pas. Drôle de période, drôles de missions, drôles d’ordres, décisions difficiles à prendre.