J'avais 20 ans dans les Aurès - page 18

Nous avons reçu un renfort de France, comme nos effectifs diminuaient suite aux rapatriements de nos camarades qui avaient terminé leur service, les nouveaux arrivaient en renfort, surtout des sursitaires qui avaient voulu échapper au service en Algérie et qui ne connaissaient rien à la situation.

Je me suis trouvé avoir un nouveau chef de section : un aspirant frais émoulu des EOR qui m’a donné les pleins pouvoirs après quelques jours de sorties communes. Il a commencé à me demander : sergent, que feriez-vous à ma place ? Je lui répondais : mon  lieutenant je ne peux pas me mettre à votre place mais si c’était moi, je ferai comme ça. Il écoutait mes conseils et au bout de quelques jours il m’a dit : sergent je vous confie le commandement de la section, vous avez l’habitude, vous connaissez vos hommes, ils vous respectent, vous obéissent et vous êtes plus capable que moi, je prends toutes les responsabilités en cas de coup dur. C’était un aspirant du nom de Lourdel avec qui je me suis très bien entendu, il m’a toujours laissé faire ce que je voulais, il finissait son temps en Algérie, il n’en avait rien à foutre et moi, ça me convenait, j’avais ma liberté, mes responsabilités, mes copains, ma façon de faire et pas de comptes à rendre !!

Un soir l’aspirant vient me voir et me tient ce langage : il parait qu’il y a un fel enterré ici dans le poste ? Je lui dis : qui vous a parlé de ça mon lieutenant ? C’est un ancien de la section qui en a entendu parler. Je lui réponds ce sont des ragots, c’est radio popotte, il  me répond : non, non et en plus, c’est vous qui connaissez l’endroit. Je lui dis d’accord, le fel est enterré à côté des chiottes de l’autre côté de la route dans l’ancien poste. Il est allé creuser là ou j’avais dit, il est revenu me voir en disant il n’y à rien. Il a tellement insisté que je suis allé repérer les lieux et là sur place j’ai dit vous creusez trop près des chiottes, le mec il est là et j’ai commencé à creuser. A un moment ma pioche est restée coincée, j’ai forcé et j’ai remonté quelques côtes. J’étais en plein sur le cadavre du fel !!!! J’ai eu des hauts le cœur, je l’ai laissé finir, lui qui voulait récupérer un crâne il n’a pas eu de chance, le fel en question avait pris une balle dans la joue, le crâne était irrécupérable. J’ai quand même vu mon aspi passer, cigarette au bec tenant fièrement un fémur à bout de bras, comme un trophée qui doit figurer quelque part en France dans un cabinet de médecin ou sur une cheminée dans une maison bourgeoise !!!! Souvenir de la guerre d’Algérie.

Après avoir réintégré notre poste de Taouzient la vie est devenue plus facile, terrain moins accidenté, moins d’opérations, moins d’embuscades, la vie de château. Un matin avec mon copain le sergent Meslay il nous prend une envie d’œufs sur le plat, pas mangé d’œufs sur le plat depuis des mois, on se commande chacun 3 œufs sur le plat avec une kronenbourg, du pain du beurre. Un festin !!! Rebelote et rebelote nous en avons mangé chacun 12.

La vie à Taouzient était beaucoup plus facile, nous attendions la fin de la guerre, nous pensions déjà à nous réadapter à la vie civile, notre mentalité était en train de changer, moins de missions dangereuses, de la routine : convoi d’habillement, protection de convoi de libérables.

Un jour, routine, un convoi d’habillement à escorter à Batna. Nous nous préparons, armement, équipement, rassemblement, embarquement et en route après le chargement d’effets à restituer à la centrale de Batna : des chaussettes, des pataugas, des pulls, des pantalons de montagne, tout ce qui nous manque depuis des mois !! En route, arrivés à hauteur de Timgad, on se fait tirer dessus, des rafales qui nous arrivent de la gauche, une balle traverse la bâche du G.MC. Juste derrière la nuque du chauffeur et derrière la mienne quelques fractions de seconde après, oufff. Derrière, les balles percent les ridelles du G.MC. Les gars derrière sont épargnés, pas un blessé, sur le coup je ne le sais pas, mais  je crie au chauffeur de continuer : roule, roule, ne t’arrête pas ou on est baisés. Heureusement, il a eu le reflexe de m’écouter et nous sommes passés à travers. Arrivés à Batna à la caserne de l’habillement, nous tombons sur un adjudant pointilleux qui compte et recompte nos retours.

Malheureusement il manque un pantalon dans un paquet : 49 au lieu de 50, catastrophe, il faut remplir un tas de paperasses et signer un tas rapports. C’est là que je m’aperçois que derrière le hangar où nous déchargeons les camions il y a un immense brasier où brulent les matériels que nous déchargeons devant. Mon sang ne fait qu’un tour, j’emmène un chauffeur et un G.M.C. près du brasier, avec l’aide de quelques volontaires je fais récupérer des chaussettes, des pataugas, des rangers (en cuir écru), des pulls, des pantalons de montagne, des chemises, des vestes matelassées, des filets de camouflage, nous roulons le tout dans une bâche et chargeons l’ensemble dans le camion. Après ce tour de génie nous déambulons dans cette caserne affectée aux tirailleurs algériens, nous découvrons un bordel !!!! Bordel installé dans une tente, chambres ( !) séparées par une toile a moitié transparente, ou l’on entend les ébats des collègues de la chambre d’à côté,  mais pas cher : sous officiers 10 fr, Hommes de troupe 5 fr, Tenté par l’enseigne et la vue des femelles je retire mes galons de combat et me fais passer pour un deuxième classe et ……  Je tire deux coups pour 10 fr. Je voulais une troisième fois, mais la fille, une chaouia d’une vingtaine d’années n’a pas voulu, pourtant j’aurai pu, vue la période d’abstinence. En sortant de là, je me suis lavé le sexe au robinet, devant les copains, sans pudeur, sans gène, naturellement.

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