J'avais 20 ans dans les Aurès - page 16

Les voltigeurs armés chacun d’un PM MAT 49 et de 240 cartouches qu’il faut emmener partout ou on va !!! Le tireur d’élite armé d’un fusil MAS 56 à lunette et de 90 cartouches. Le radio avec son poste C9 sur le dos et armé d’un P.A. (pas pour se défendre mais pour tirer dans le poste pour le détruire au cas où il tomberait aux mais de l’ennemi) !! Le lance patate avec son fusil lance grenades, ses patates (grenades), ses 90 cartouches plus ses cartouches feuillettes (pour lancer ses grenades) Malheur à celui qui se trompe et qui dans le feu de l’action lance une grenade avec une cartouche à balle : c’est la mort pour lui, les blessures pour les copains qui l’entourent. C’est arrivé plus d’une fois, personne n’en a jamais parlé.

Les deux pourvoyeurs, chacun armé d’un MAS «36, de 90 cartouches plus les chargeurs garnis de 20 cartouches de 7,5 soit 200 cartouches chacun, les malheureux ont plus de 10 kg sur le dos qui leur brisent les reins. En plus du reste !! Le reste, c’est la gourde, les rations, le couchage, la toile de tente, les grenades OF pour les voltigeurs, quelques fois une canette de bière quand il ne fait pas trop chaud autrement la boisson est imbuvable. Et  c’est harnachés  de cette façon que nous parcourons des  kilomètres de djebel en marmonnant la quille bordel !! Mais on marche. On marche, on marche jusqu’à ne plus savoir marcher. Parfois, un copain tombe d’épuisement, des larmes d’impuissance dans les yeux, un regard suppliant : qui veut dire : qui peut m’aider ? Qui peut porter mon sac à dos ? Qui peut porter mes cartouchières ? Ne me laissez pas là, tout seul ! Hélas, personne n’est capable de prendre une surcharge, on voudrait bien l’aider le pauvre gars mais on ne peut pas, on a déjà bien du mal à porter notre charge qui pèse de plus en plus lourd au fil des escalades, des chutes dans les caillasses, des descentes dans les oueds à sec, le tout dans une chaleur étouffante ou un froid paralysant.

Comme je l’ai écrit précédemment,  Il m’est arrivé une fois d’être capable de porter le sac d’un copain : j’étais en pleine forme, j’ai mis son sac au dessus du mien, j’ai pris son arme et je l’ai fait monter devant moi en le poussant au cul !!!! Il s’appelait Héreté, je ne sais pas s’il vit encore mais je pense qu’il ne m’a pas oublié !!!! Un gars qui ne pouvait plus marcher, on le désarmait et on le laissait sur place, seul face à son destin. En général le puni accourrait derrière le commando et reprenait vite fait son paquetage son arme et le reste, c’est bien connu, la peur donne des ailes et nous reprenions notre progression après une pause légèrement prolongée pour permettre à tous de récupérer.

Et j’ai commencé mon parcourt de sergent, chef de groupe de combat.

Les opérations ont continuées, j’étais plus à l’arrière, j’avais devant moi l’équipe de voltige, derrière moi le radio et la section FM et un tireur d’élite accompagné d’un lance patate. J’étais devenu un petit chef, j’avais une paire de jumelle et un P.M. et  j’ai continué à faire la même chose avec plus de responsabilités. Au lieu d’obéir aux ordres du sergent chef de section c’est moi qui donnais les ordres à la section. Nous avons continué nos sorties par tous les temps, jours et nuits, embuscades, opérations de plusieurs jours .Nous sommes partis en opération dans les Beni melloul, fief des fels. Nous avons trouvés des arbres abattus en travers de la piste, des tranchées creusées en travers de la piste pour empêcher les camions de passer etc.

Ce qui veut dire qu’il y a du monde dans les environs mais nous aussi nous sommes nombreux et on avance, nous passons les arbres couchés et les tranchées, les camions nous abandonnent à notre destin et nous continuons à pieds comme d’habitude. Il y a des Half-tracks en protection sur les sommets, des Ferrets (petites autos-mitrailleuses blindées) sur nos flancs. Nous attendons les ordres en nous mettant en position, en ligne, en tirailleurs, avec des contacts de chaque côté. Après une heure de marche nous perdons contact avec notre flanc droit qui était sensé être une compagnie de tirailleurs algériens. Qui ressemble plus à un algérien qu’un algérien ? Nous nous sommes fait avoir : Les fels se sont infiltrés entre les tirailleurs et nous (avec une complicité) nous nous sommes écartés vers la gauche, après un moment ils se sont accroupis dans les buissons et nous ont laissés les distancer.

Il nous à fallut resserrer à droite pour reprendre le contact et s’apercevoir qu’il ne s’agissait pas des mêmes algériens que tout à l’heure, nous sommes baisés une fois de plus. Maintenant il y a des fels devant et en plus il y en a derrière !! Nous voilà beaux !! Heureusement il y a l’aviation qui vient à la rescousse. Des T6 viennent larguer des bombes juste devant nous à moins de 100 m. Certaines explosent, d’autres non !!!! Que faire ? On ne bouge pas, on attend, nous sommes en protection, nous avons repérés les bombes non explosées et nous protégeons les alentours ! Il ne faut pas que les fels récupèrent l’explosif contenu dans les  bombes : 50 kgs de T.N.T. ça permet de faire pas mal de dégats. Une alouette (un hélico) arrive : ce sont des démineurs qui viennent pour détruire les bombes. Nous assistons à leur travail, au bout d’un moment l’hélico décolle et dans les 5 mn il y a une belle explosion, nous recevons une multitude de « cailloux » sur le dos.

En fait la bombe n’a pas explosée, elle a été fragmentée par l’explosion et les cailloux que nous avons reçus sont des morceaux d’explosifs que nous ramassons précieusement pour notre usage personnel. Il s’agit d’un explosif fusant qui a l’apparence d’une pierre grise et brillante et qui utilisée en petits fragments, allumées avec une allumette s’enflamme et chauffe très vite un quart de café sans faire de fumée (très bien en opération, ni vu, ni connu) Par contre pour le reste des explosifs éparpillés dans la forêt les fels n’ont plus qu’à se servir !!!!!!!Nous continuons notre progression dans une forêt en flamme, nous marchons dans des flammèches, tout brûle, nous avons tout détruit, tout ? pas les fels bien sûr, ils courent encore, ils se feront prendre un jour ou l’autre dans un autre secteur par d’autres camarades en opération.

C’est la deuxième fois que ma compagnie se fait avoir de la sorte. La première fois c’était sur les pentes du Kef Sidi Ader pas loin de Boulhermane, nous étions sur le retour d’une opération de 2 jours, nous n’étions plus bien loin de notre poste, c’était le soir, il y avait de la brume, nous étions harassés après des kilomètres en montagne, nous marchions imprudemment sur la piste taillée au bull-dozer plutôt que de marcher sur les côtés pour plus de sécurité. J’étais en serre  file avec ma section, j’ai eu une envie de chier, je me suis isolé en fin de dispositif, j’ai vite fait pour ne pas rester trop en arrière et c’est en rattrapant les copains que je me suis aperçu que nous étions suivis depuis un moment.

J’ai fait accélérer la cadence sans donner d’explications et je me suis dit que je l’avais peut-être échappé belle. Inch Allah !!! Mais pas question de faire demi-tour et de passer à l’attaque dans l’état de fatigue ou nous étions, courageux mais pas téméraires. Peur ? non, simplement très fatigués.

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