J'avais 20 ans dans les Aurès - page 15

Nous sommes partis pour BouHamama ou se déroulait le stage, après une installation sommaire dans des locaux plus que sommaires, des chambrées avec pour matelas des paillasses remplies de paille que nous étions obligés de secouer avant de nous coucher pour répartir la paille pour ne pas sentir les lames d’acier qui nous servaient de sommier et qui nous glaçaient les fesses pendant la nuit !!

Le lendemain de notre arrivée nous avons été briffés par un lieutenant au crane rasé, en tenue  camouflée de para qui nous a fait un discours sur les différentes qualités, obligations, devoir  du futur sous officier que nous allions devenir (si tout se passait bien). Pour lui, un sous officier devait être un exemple pour l’homme de troupe !! Nous devions déjà nous inspirer de sa tenue vestimentaire et de son look. Nous avons décidé de tous nous mettre la boule à zéro pour lui ressembler et la soirée s’est passée avec tondeuses et balais, à part 2 ou 3 récalcitrants, nous nous sommes tous fait ratiboiser et nous fait raser le crane !!!

Le lendemain, après le  rassemblement, quand nous sommes entrés dans la salle de cours et que nous avons enlevés nos casquettes Bigeard il y a eu un silence. Le lieutenant, médusé pendant quelques secondes a pris la parole et a dit : Je vois que mes instructions ont été prise à la lettre, je pense que nous allons bien nous entendre. Et, en fait nous nous sommes bien entendus entre militaires de carrière et appelés du contingent.

Nous avons passé six semaines de cours, d’exercice de tir, lancer de grenades, tir au L.R.A.C (lance grenade anti char) cours de combat et autres fadaises, sport, pompes, abdominaux, cross etc. Nous nous faisons chier pendant que les copains étaient sur le terrain, en fait, ça nous manquait le crapahut, faire des cours de théorie ça nous faisait chier. Un jour, mon copain Cherdo a éclaté : nous étions en cours avec le sous lieutenant Niger, instituteur dans le civil, et qui prenait son rôle d’enseignant à cœur, il nous faisait de l’instruction comme à des gamins de  10 ans , Cherdo s’est mis en colère et a éclaté (maintenant on dirait péter les plombs)  : vous commencez à nous faire chier avec vos conneries, j’en ai rien à foutre du recul de la culasse et de l’extracteur de mes couilles, j’ai un fils de 6 mois qui ne connais pas son père et je suis là à perdre mon temps pourquoi ? Pour défendre quoi ?

J’en ai marre, je veux rentrer à la maison, j’en ai rien à foutre de l’Algérie française. Il y a eu un moment de silence et l’aspirant Niger, après réflexion a dit : Bon c’est bien,  Cherdo, je vous comprends, moi aussi je me demande ce que l’on fait ici. L’incident était clos. J’ai retrouvé l’aspirant  Niger à Lille quelques années après à la caisse d’allocations familiales  à Lille, nous avons échangé quelques banalités, il était toujours sous lieutenant dans sa tête mais quand il m’a vu partir dans ma DS 20 Pallas et lui monter dans sa 2 cv, il a du se poser des questions.

 Puis vint le jour de l’examen. Des huiles ont débarqué pour  évaluer nos capacités. Nous les avons accueillis sereinement. En sport je ne me suis pas mal défendu, j’ai juste été battu aux mille mètres par un F.S.N.A (français de souche nord-africaine) nommé Meddour qui prenait un malin plaisir à frapper ses coreligionnaires quand nous visitions les mechtas de nuit.  Je pense d’ailleurs que ce fameux Meddour a eu des ennuis après le départ des troupes françaises !!! Il a du être considéré comme collaborateur actif et n’a pas du faire de vieux os à moins qu’il n’ait tourné capote, pas impossible. Vint l’exercice de combat (coefficient très important en temps de guerre) Un copain me dit : fais gaffe l’instructeur c’est un vicieux, quand tu fais ton exercice, il tire un coup de P.A. (pistolet automatique) en l’air pour voir ta réaction. Un homme averti en vaut deux je préviens mes potes figurants et leur dit : dès que l’autre con tire en l’air couchez vous tous et laissez moi faire.

Le scenario se passe comme prévu, selon ses instructions je place mes gus, le F.M. , le lance patate, et en avant, nous progressons en direction d’une crête quand tout à coup, un coup de feu !! Mes hommes, obéissants se vautrent aussitôt à terre, moi, je me retourne et lâche une rafale de P.M. à la volée au dessus de l’adjudant instructeur qui, surprit reste debout comme un con. Je lui dis : vous êtes mort. Résultat : il me met un 20 en combat, je sors premier du peloton, je suis nommé sergent le jour même par le commandant qui vient exprèssement en hélico à BouHamama pour me nommer sergent….

L’après midi, je repars pour Boulhermane, je suis sergent chef de convoi, je mange pour la première fois au mess (officier, sous off de carrière et sous off appelés confondus) Cela crée des tensions, mon Garnier que je viens de rejoindre dans la hiérarchie militaire me fait remarquer qu’il est plus ancien que moi et je lui réponds qu’il n’est que sergent rempilé parce qu’il ne sait rien faire d’autre, je pense l’avoir vexé !! J’ai du appeler au secours parce qu’il est de tradition après une nomination de payer son pot mais je suis raide !! J’ai écrit  à mon oncle René qui m’avait dit avant mon départ : le jour ou t’es dans la merde, tu m’écris, j’ai écrit aux mandataires des halles de Paris où j’allais régulièrement avant mon service militaire, tous ont été sympa, par retour du courrier, j’ai reçu des mandats qui m’ont permis de respecter la tradition.

Le soir, je prenais possession de ma chambre, d’un lit avec matelas de laine, de draps, moins de promiscuité, l’impression quand même d’être isolé, je suis allé voir les copains dans la chambrée, j’ai senti de la part de mes potes Cherdo et Jedric un sentiment d’envie et de frustration, ils étaient restés caporaux pour le moment mais ils allaient vite être nommés sergent, ils le méritent autant que moi, j’ai eu la chance de finir premier.

J’ai pris mes nouvelles fonctions de sergent , chef de groupe de combat : 2 voltigeurs devant, un caporal chef de voltige, suivi d’un voltigeur,  un tireur d’élite, le sergent suivi de son radio lui-même suivi du lance patate, du tireur F.M. et des 2 pourvoyeurs et c’est avec cette formation que nous avons continué le crapahut !!! Rien de changé a part les galons !!!  Avec la consigne : on continue, on marche, on ne sait plus pourquoi mais on avance.

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