Opération Cote 1301 près de Bou-Ahmar.

 

Opération Cote 1301 près de Bou-Ahmar.

13 Décembre 1958.

Vers 11h30 départ en urgence, une unité vient de subir un accrochage avec des Fels dont l’effectif parait important.  Ils ont besoin de renfort.

J’ai juste le temps de mettre un morceau de pain dans ma poche.

Dès notre arrivée à la cote 1301 , la 3° section est prise sous le feu d’armes automatiques. La pièce (qui comprend un chef de pièce, un tireur, un chargeur et de 2 pourvoyeurs) est isolée, le chef de pièce est blessé, le chargeur tué les 2 pourvoyeurs sont loin de l’action et  le tireur placé dans une position délicate, personne ne peut l’approcher à cause des tirs  des Fels. On entend de temps en temps le tireur crier MUNITIONS et ses copains les lui lancés ce qui permit à la compagnie de  manœuvrer et de se déployer.

La 1°section dont je fais partie comme chef de pièce se déploie car les fels essayent de nous encercler. J’arrive sur une portion de terrain plein de broussailles et de petits arbustes On se retrouve au contact rapproché avec les Fels, quand les tirs se calment on entend les bruissements des rebelles qui se déplacent.

La voltige de mon groupe se trouve à ma droite et mon tireur arrose les assaillants, je vois à ma droite le chef de la voltige  caporal Guillot s’écrouler, mort, et son tireur lance-grenade  Boyer qui jette son fusil et court en arrière j’envoie  un pourvoyeur se renseigner . Pendant qu’il lançait des grenades ( pour lancer les grenades on se tient accroupis et on incline plus ou moins le fusil pour tirer loin ou près) une balle touche le canon de son fusil longe le fut du fusil et rentre dans la main en faisant voler le bois en éclat. Il a continué à manœuvrer malgré sa blessure avec le P.M. de son chef de voltige mort.

Le combat était dur on reçoit l’ordre de se replier sur une petite crête rocheuse distant de 80m en arrière. Le reste de la voltige se replit en emmenant Guillot et Boyer. Je reste en protection avec ma pièce etdemande à mes 2 pourvoyeurs de se replier puis au tireur et son chargeur de se mettre en position de tir dès sa mise en place. Je décide de les rejoindre et je démarre en courant très vite (je suis un ancien international d’athlétisme 400haies) mais malheureusement la semelle d’un ranger reste coincée dans une faille rocheuse j’arrache la semelle et sous l’effort je fais 2 roulés  boulés . Mes camarades me croient touché, je n’ai heureusement rien .

Dans notre nouvelle position nous sommes un peu plus protégés derrière des rochers, un tir d’armes automatiques continu nous arrose constamment. Il est impossible à un hélicoptère de se poser pour évacuer  le corps de Guillot et le blessé Boyer. Il passeront  la nuit avec nous . En guise de diner je partage mon morceau de pain avec mes copains.

La nuit fut longue impossible de dormir de temps en temps les Fels se rappellent à nous en tirant quelques coup de feu, la faim tiraille nos estomac car depuis le petit déjeuner de la veille nous n’avions rien pris. Mon copain Boyer qui savait que j’avais toujours une petite gourde de cognac m’implorait de lui en donner car il souffrait énormément de sa main toute les heures je lui mettais 3 gouttes de cognac sur un sucre pour le soulager.

Au petit matin nous  décrochons et je rencontre un sous Lieutenant de la légion qui a prit une balle à travers sa joue en criant un ordre. Plus de peur que de mal.

Un chef E.B.R m’a lancé une barre de chocolat quel délice après 24 h de jeun.

Le retour fut triste. Bilan 2 morts et 2 blessés , la facture était lourde.

                                                                                                Bernard TRAUT

   

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