1916 – I - VERDUN - A

La période de travaux est terminée. La région de Champagne est organisée et le Régiment peut prendre du repos, à l'arrière de ce secteur qu'il a en partie créé.

- Du 1er janvier au 12 février, il attend en confiance à l'arsenal de Mourmelon. Le 10 janvier, les Chefs de Bataillon Sauget et Corse viennent remplacer les Commandants Darthos et Gerde, appelés à d'autres commandements. Le 16 janvier, le Lieute nant-Colonel de Saintenac, rappelé à l'état-major, est remplacé par le Colonel Delestre.

- Le 12 février, la 42ème Division se met en route pour aller faire une période d'instruction au camp de Mailly. Le 14, le Régiment est à Mairy-sur-Marne et Togny-aux-Boeufs. Mais une attaque allemande se prépare et la Division doit toujours être prête: elle reste sur place en alerte.

- Le 21 février, l'attaque se produit à Verdun. Les communications sont rendues très précaires. Où se produira l'effort décisif de l'adversaire? C'est au point le plus menacé que le Régiment devra aller pour défendre sa petite patrie.

« On ne passe pas ! » dit la Division de « Verdun », pas plus ici qu'à la Marne et sur l'Yser. Et les étapes succèdent aux étapes, en direction de l'Argonne par Songy (25 février), Vernancourt et Vanault-les-Dames (26 février-2 mars), Noirlieu (3 mars), Sivry-sur-Ante (4 et 5 mars); puis en direction de Verdun par Villotte-devant-Louppy (6 et 7 mars) et Ippécourt (8 et 9 mars).

- Le 10 mars, le Régiment entre à Verdun, que les derniers habitants viennent d'évacuer sous les bombardements les plus violents

DOUAUMONT

Dans la nuit du II au 12 mars, le Régiment monte devant Douaumont. Inoubliable vision tragique d'un paysage d'aspect lunaire: le plateau de Froideterre, où les deux artilleries déversent nuit et jour, avec rage, des tonnes de projectiles; le ravin de la Dame (appelé le ravin de la Mort), le ravin de la Couleuvre et les carrières d'Haudromont. C'est entre la côte du Poivre et le fort de Douaumont que le Régiment prend place. Et, de suite, il se met au travail sans répit, car les minutes sont précieuses. Pendant vingt et un jours, tranchées et boyaux de communication sont creusés, et fils de fers posés, en dépit de menaces d'attaques répétées, qui sont éventées ou brisées avant l'exécution. Les bombardements les plus violents font rage nuit et jour, et rendent extrêmement difficiles les liaisons et le ravitaillement.

Sous la direction du Colonel Delestre, que rien ne rebute, chacun fournit l'effort maximum en toutes circons tances et les actes d'héroïsme individuel deviennent courants. (Citation du Colonel Delestre : « A peine remis d'une blessure de guerre qui lui rendait la marche difficile, a fait preuve de la plus grande énergie et donné un bel exemple en s'astreignant, presque chaque nuit, à faire, dans un terrain particulièrement difficile et violemment bombardé, la visite des organisations défensives de son sous-secteur. A pu ainsi obtenir de son Régiment, aux affaires de mars, le rendement maximum ».)

- Le 12 mars, c'est le soldat Lerebourg, qui, blessé mortellement et se sachant perdu, répond à son Lieutenant qui cherche à le réconforter: « Du courage ! oh ! j'en ai, mon Lieutenant. Je n'ai rien à regretter: je sais que c'est pour le pays ! » .

- Le 17 mars, c'est le soldat Ancelle, de la 2ème Compagnie, qui, envoyé aux renseignements vers l'avant, s'avance pour mieux voir malgré un violent tir de barrage, jusqu'au parapet de la tranchée occupée par l'ennemi. C'est encore le soldat Thuilliez, surnommé « Ki-Ki », qui, chaque jour, assure la liaison à découvert et n'échappe à la mort que grâce à sa petite taille, son agilité, sa présence d'esprit et un ingénieux camouflage de son invention.

Quatre officiers (Commandant Corse, Capitaine de Vaussay, Sous -Lieutenants Briolet et Saunier), de nombreux Sous-officiers, caporaux et soldats sont tombés dans cette fournaise.

Le Chef de Bataillon Gambert prend le commandement du 3ème Bataillon, en remplacement du Commandant Corse, tué au cours d'une inspection de son secteur.

- Le 31 mars, le Régiment reçoit l'ordre de relève; mais celle-ci ne peut s'effectuer qu'en deux jours, les, 5ème , 7ème  Compagnies et la C. M. 2 n'ayant pu être relevées.

Le Régiment est transporté par convoi automobile à Rupt-aux-Nonains et Haironville. Ironie de la nature, mais juste récompense pour les braves survivants, de se retrouver subitement transportés, par un beau soleil de printemps, sur les rives de la Saulx, dans ces riants villages où chacun trouve l'accueil le plus cordial.

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