1918 - IV - L'AISNE

- Le 28 octobre, la relève terminée, le Régiment est en ligne, et prépare l'attaque, qui a lieu le 1 er novembre, à 5 h.45.

Le Régiment se porte à l'attaque dans les conditions suivantes: 2ème  Bataillon (Commandant Mesny) à droite; 1er  Bataillon (Capitaine REMY) à. Gauche ; 3ème Bataillon (Capitaine Texier) en soutien.

A 4 h. 45 commence la préparation qui alerte l'ennemi sans le gêner sérieusement, car le tir est trop long.

De 5 heures à 5 h. 45, l'ennemi lance des fusées et vérifie le fonctionnement de ses mitrailleuses, servies pour la plupart par des officiers, Sous-officiers et volontaires qui ont juré de se faire tuer sur place.

A 5h. 45, l'attaque se déclenche. Dès le départ, les compagnies se trouvent soumises à des feux intenses de mitrailleuses. Les pertes sont des plus cruelles. L'élan est tel cependant qu'à droite il porte le 2ème  Bataillon à proximité immédiate des mitrailleuses. Mais celui-ci est cloué au sol, dans l'impossibilité défaire un mouvement. Le Bataillon, dans la suite de la journée, sous l'ardente impulsion de son JAHAN et FAURE, fait preuve d'une volonté magnifique en renouvelant par deux fois ses attaques: la dernière le porte aux abords de la ferme du Chamiot, lui donnant plus de 200 prisonniers, de nombreuses mitrailleuses et des minenwerfer. A gauche, le 1er Bataillon, exposé à des feux terribles d'enfilade, bondit, jalonnant la crête de ses cadavres: là tombent les braves Lieutenants TEXEREAU, PARISOT et RICARD.

Rien ne peut arrêter l'élan magnifique que lui ont imprimé ces chefs merveilleux qui sont: les Capitaines REMY, LETURMY et MASSARD; les Lieutenants THOVERON, ROUAUD et NAVELOT (1). Chemin faisant, il prend de nombreuses mitrailleuses et envoie vers l'arrière une centaine de prisonniers, dont deux officiers. (1) Extrait d'un rapport du Colonel.

La 10ème  compagnie (Lieutenant MOREL) suit le 1er Bataillon avec un entrain endiablé, malgré des pertes très sévères. Le Lieutenant MOREL est tué à bout portant, au moment où, héroïquement, il saute sur une mitrailleuse en action.

Le Capitaine TEXIER, commandant le 3ème  Bataillon, est blessé et le Capitaine INAULT, admirable figure de soldat et de chef, qui cherche à boucher le trou produit par l'avance du 1er Bataillon, tombe mortellement frappé. Malgré le dévouement du Lieutenant ARONDEL, à la tête de la 11ème  compagnie, le 3ème  Bataillon est réduit à l'impuissance. Le 1er  Bataillon, toujours combattant, mais voulant suivre l'horaire, poursuit son mouvement en avant, escaladant des pentes abruptes, traversant des bois réputés impénétrables et laissant derrière lui de nombreux prisonniers. Il réussit à progresser, renseignant sans cesse sur sa situation, cherchant en vain les liaisons latérales, mais pensant aider par son avance les efforts des voisins. Il arrive à 7 h. 40 au troisième objectif (cote 205) et s'installe avec ce qui reste du Bataillon, couvert en avant par la 1ère compagnie (Capitaine FORTIS). A ce moment une contre-attaque de plus d'un Bataillon ennemi est arrêtée momentanément. Le Capitaine REMY prend la décision de se replier lentement jusqu'au deuxième objectif: l'ordre est envoyé à la 1ère compagnie, mais ne peut l'atteindre. Vu l'urgence, à 8 heures, le repli s'exécute. A ce moment, le Capitaine REMY reçoit du colonel le mot suivant: « Félicitations pour votre brillante progression, à vous et à votre troupe.

A 9 heures, le Bataillon MESNY reprendra l'attaque. Installez-vous sur le terrain » C'était le dernier mot qui pouvait parvenir. Le faible effectif restant s'installe. Dans une défense désespérée, les dernières munitions sont brûlées, puis les mitrailleuses et appareils de toute sorte, tous les moyens de combat étant épuisés, sont mis hors de service. En cherchant à se frayer un passage, les Capitaines REMY et MASSARD sont faits prisonniers à midi.

Le Lieutenant HOVERON réussit à rentrer de jour, atteint de cinq balles reçues en chargeant, revolver au poing, une mitrailleuse. Les Lieutenants NAVELOT et ROUAUD, l'aspirant PARGNY, les Sergents CHABOCHE et COUSTET, et quelques hommes réussissent à gagner les taillis, où ils restent jusqu'à la nuit; ils rentrent alors dans nos lignes avec armes et équipement au complet. Les survivants de la 1ère  compagnie sont à leur tour faits prisonniers vers Toges, à 15 heures, avec le Sous-Lieutenant PICHARD et le Capitaine FORTIS, grièvement blessé et évanoui. Le 3ème Bataillon et une compagnie du 332ème  sont venus boucher le trou entre le 2ème   Bataillon et le 16ème  Bataillon de chasseurs, et 150 hommes environ du 1er  Bataillon sont regroupés en arrière. La nuit est calme.

- Le 2 novembre, à 6 h. 30 du matin, des patrouilles rentrent, ayant parcouru 1.200 mètres sans rencontrer l'ennemi. A 9 h. 30, le mouvement en avant est repris. Le Régiment progresse lentement, à travers un terrain boisé extrêmement difficile, sans communications et défendu par quelques mitrailleuses.

A la nuit, il atteint la Noue-Adam et la ferme des Bans. Le 3, arrivé aux abords de la Normande, le Régiment, regroupé, passe en deuxième ligne et gagne le soir le cantonnement de Bellevi1le -sur-Bar, où il reste les 4 et 5 en réserve de Corps d'Armée.

Le sacrifice du 1er Bataillon et sa conduite héroïque n'avaient pas été vains. Tous les prisonniers, évadés des camps de Belgique à la veille de l'armistice, et dont la dignité pendant leur courte captivité de dix jours fut parfaite, ont pu suivre pas à pas, dès le moment de leur capture, la déroute de la III ème  Armé allemande, qui, sous la protection de cette résistance désespérée, venait d'échapper à la débâcle.

La 42ème Division, fortement éprouvée, pouvait être relevée, les Américains ayant fait leur jonction avec d'autres troupes de la IV ème Armée, et était envoyée au repos dans la vallée de la Marne.

- Le 9 novembre, le 94ème RI cantonne à La Salle et Somme -Tourbe; le 10, à, Poix et Somme-Vesle.

- Le 11 novembre, il arrive à. Pogny et Omey. L'armistice est signé. L'empire allemand capitule sans conditions. Les représentants de la nation votent l'ordre du jour inoubliable :

 « Les Armées de la République et leurs Chefs : ont bien mérité de la Patrie »

Le citoyen Georges Clemenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre ;

Le Maréchal Foch, Généralissime des Armées Alliées,

- Le 12, le maréchal Foch publie l'ordre suivant :

OFFICIERS, SOUS-OFFICIERS, SOLDATS DES ARMÉES ALLIÉES.

« Après avoir résolument arrêté l'ennemi, vous l'avez pendant des mois, avec une foi et une énergie inlassables, attaqué sans répit.

Vous avez gagné la plus grande bataille de l' Histoire et sauvé la cause la plus sacrée: la liberté du Monde.

Soyez fiers !

D'une gloire immortelle, vous avez paré vos Drapeaux !

La postérité vous garde sa reconnaissance ! »

Deux nouvelles citations, une à l'ordre de l'Armée, l'autre à l'ordre du 32ème  Corps, devaient, quelques jours plus tard, récompenser cette dernière action glorieuse et rappeler brièvement l'héroïsme de la 42 e Division et de « La Garde » au cours de cette bataille de géants pour la Justice et le Droit.

Le Maréchal de France, Commandant en chef les Armées de l'Est, cite le 94ème  RI à l'ordre de la IV ème Armée:

« Régiment qui possède les plus belles qualités militaires. Le 1er novembre 1918, sous le commandement du Lieutenant-Colonel Détrie, a attaqué avec un merveilleux élan des positions fortement organisées;  malgré des pertes sévères, a réussi par ses efforts opiniâtres  à désorganiser les défenses de l'adversaire. Les deux journées suivantes, a poursuivi l'ennemi sans répit, à travers la forêt de l'Argonne, surmontant les plus grandes difficultés. A capturé 250 prisonniers, de nombreuses mitrailleuses et un important matériel de guerre ».

Ordre Général N° 800/A

Le Général commandant le 32ème Corps cite à l'ordre du Corps d'Armée:

« La 42 e Division (94 e , Fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire, cinq citations à l'ordre de l'Armée; colonel DELESTRE, Lieutenant-Colonel DETRIE) :

 Sous les ordres du Général VERRAUX, la 42ème Division prend part de façon glorieuse aux combats de Pierrepont et de Nouillonpont, en août 1914. Quelques jours plus tard, sous le commandement du Général GROSSETTI, prend, aux Marais de Saint-Gond, une part prépondérante à la victoire de la Marne.

Transportée en Belgique, elle lutte pied à pied sur l'Yser d'abord, puis sous les ordres du Général DUCHENE, devant Ypres. .

En janvier 1915, elle commence en Argonne un combat de tous les instants. Sous les ordres du Général DEVILLE, elle s'illustre à Saint-Hubert, Blanloeil et Bagatelle.

- Les 25 septembre et 6 octobre 1915, au prix de lourdes pertes, elle progresse au saillant d'Auberive.

- De mars à mai 1916, avec une énergie farouche, elle défend son ancienne garnison de Verdun, enrayant au Mort-Homme les deux formidables attaques du 9 avril et du 20 mai.

Aussi ardente dans l'attaque que tenace dans la défense, elle pénètre, en avril1917, devant Berry-au-Bac, dans les organisations ennemies, y faisant de nombreux prisonniers et capturant un matériel de guerre considérable; enlève le bois des Fosses en août 1917; prend le 8 août une part décisive à l'attaque de la I ère Armée, s'emparant de villages, de prisonniers, de canons, de mitrailleuses, progressant d'un seul bond de neuf kilo mètres en profondeur.

Enfin, le 1er novembre, sous les ordres du Général de BARESCUT, elle attaque à l'Est de Vouziers, oblige par son énergie l'ennemi à engager contre elle ses dernières réserves et contribue pour une part glorieuse à la libération de l'Argonne.

Signé: PASSAGA.

(Anonyme, Imprimerie  A. Collot, 1920 Bar-le-Duc)  Numérisé par Jean-Pierre Rocca

                                                                                                                                                                                           
   aux-morts-du-94-et-294-souain-marne.jpg                grognard.jpg                 ossuaire-ferme-navarin-souain-marne.jpg      

 Plaque dans le monument ossuaire

de la ferme de Navarin à Souain

(Champagne)

 

Grognard du 94° RI

Régiment " La Garde "

 

 Monument-Ossuaire de

« La Ferme de Navarin »

Souain, Marne

--->      Les Adieux au 94° RI