1917 – III - VERDUN

- Le 27 juin 1917, la 42ème  Division est mise à la disposition de la II ème Armée et emmenée en camions à Verdun, où le 94ème  tient le secteur entre Bezonvaux et la ferme des Chambrettes, subissant journellement de violents bombardements par obus toxiques.

- Le 14 juillet, un détachement va défiler à Paris à la « Revue des Drapeaux », où il est chaleureusement acclamé.

- Le 17 juillet, le Régiment, enlevé, en camions, est amené au repos à Laimont et Neuville -sur-Orne, sauf le 1 er Bataillon (passé au commandement du Commandant BOUCHACOURT, rentré après blessure), qui remonte en secteur, le 31 juillet, faire les travaux préparatoires d'attaque et prend quatre jours de repos à Senoncourt, où le reste du Régiment le rejoint le 13 août.

- Le 14 août, les Bataillons sont en place: 2ème  Bataillon (Commandant DARNEY) et 3ème Bataillon (Commandant WAUTHIER) en ligne; 1 er Bataillon (Commandant BOUCHACOURT) en soutien.

- Le 20 août, à 4 h. 40, les deux Bataillons de ligne s'élancent en avant, suivant le barrage roulant (le 1er Bataillon est en réserve, à la disposition de 1'I.D.). Les brèches avaient été bien faites par l'artillerie et les deux Bataillons progressent suivant l'horaire fixé, atteignant l'objectif intermédiaire à 4 h. 52 et l’objectif définitif à 5 h.55.

Dans leur élan, les compagnies se sont portées au-delà de l'objectif, mais doivent se replier sur la ligne fixée pour ne pas être prises sous notre barrage fixe d'artillerie. En cours de progression, la 9ème compagnie, en soutien, est attaquée par deux pelotons de grenadiers allemands sortis, après le passage des compagnies de tête, des abris de la tranchée Strauss non nettoyés.

L'Adjudant-Chef MAUREAUX, se servant lui-même d'un fusil-mitrailleur sous une pluie de grenades (1), réussit à les arrêter, tandis que le Lieutenant Defaix charge avec fureur les grenadiers ennemis, en extermine une partie et fait le reste prisonnier. (1) Déjà décoré de la Médaille Militaire, l'Adjudant-Chef Maureaux, qui a contribué pour une large part au succès de la journée, est fait Chevalier de la Légion d'Honneur.

La brièveté même de cette action, qui avait permis de capturer 160 prisonniers, dont 4 officiers, 11 mitrailleuses et 3 minenwerfer, montre la maîtrise avec laquelle elle avait été menée. Le soldat LHERMITE,  de la 7ème  compagnie, n'ayant comme arme qu'un mousqueton et se trouvant seul en présence de huit Al1emands, dont deux officiers, avait réussi à leur en imposer par son attitude et à les ramener prisonniers.

- Dans l'après-midi du 20, les 2 1et 22,  des contre-attaques sont repoussées. Mais l'attaque est reprise le 26, avec le même objectif. A 4 h. 45, les Bataillons d'attaque (2ème  et 3ème ) se précipitent derrière le barrage roulant, renforcés par des groupes de nettoyeurs de tranchées du 1er  Bataillon. A la gauche, la 9ème  compagnie, prise sous un barrage de grenades hésite, puis, stimulée par la présence du chef de Bataillon WAUTHIER, officier supérieur d'une trempe exceptionnelle, se reporte en avant, faisant 18 prisonniers.

A l'extrême gauche, la droite du 16ème  Bataillon de Chasseurs est arrêtée par un centre de résistance; le Sergent Clément et le Caporal Charlot, à la tête des nettoyeurs du 1er  Bataillon, le tournent, tuent un officier, font 20 prisonniers et s'emparent de deux mitrailleuses.

A la droite, la 11ème  compagnie se heurte à une zone d'abris très importants et énergiquement défendue. Mais le Capitaine LAVIGNON est en tête de sa compagnie. Il monte et dirige sur place une manœuvre de débordement qui, remarquablement exécutée, finit par vaincre la résistance.

L'Adjudant Dupuis, de cette compagnie, chef de section remarquable, quoique blessé au début de l'action, continue le combat après un pansement sommaire et fait preuve les jours suivants d'une endurance et d'une énergie au-dessus de tout éloge.

Les mitrailleuses allemandes, retournées, entrent immédiatement en action, remplaçant en partie notre matériel qui avait beaucoup souffert. Le Lieutenant Ripoteau, avec son sang-froid coutumier, en fait une organisation rapide et heureuse. A ce moment, un Régiment allemand, le 215ème , débouche pour contre-attaquer.

Le Sergent Boisenfray, du canon de 37, l'Adjudant-Chef MAUREAUX et l'aspirant RENARD, de la 9ème  compagnie, entraînant celle -ci, foncent sur l'ennemi sans attendre le choc: une cinquantaine se rendent, le reste s'enfuit.

A droite, la 6ème  compagnie atteint assez facilement son objectif.

La 5ème compagnie, prise de flanc par des feux de mitrailleuses, doit ralentir sa progression, puis s'arrêter. Une patrouille pénètre dans l'ouvrage du Lama, mais en est chassée ; son chef, l'Adjudant MAILLARD, un des héros de Sailly-Saillisel, est frappé mortellement.

Plus à droite, le 1er Bataillon a prêté un peloton de la 1re compagnie au 332ème, très éprouvé par les gaz, puis à un Bataillon désemparé du 151ème . Le Sous-Lieutenant DEVILLARS, exemple du devoir et d'une haute élévation de caractère, encourage sans cesse ses hommes sous un bombardement intense, se portant à l'endroit le plus battu, où il meurt héroïquement. Le Sergent MARIE, déjà décoré de la Médaille militaire, va, au péril de sa vie, chercher le Corps de son officier. Félicité, il trouve cette seule réponse, sublime dans sa simplicité: « C'était mon officier de peloton! »

Encore une fois, le Régiment s'était particulièrement distingué.

Jusqu'à la relève, qui s'effectue le 2 septembre, il pousse activement les travaux d'organisation du terrain conquis et le peloton de Sapeurs-Pionniers gagne une nouvelle citation à l'ordre du 32ème Corps : Citation du Peloton de Sapeurs-Pionniers Bombardiers : « Toujours sur la brèche depuis mars 1917. S'est particulièrement distingué à l'offensive de l'Aisne. En juillet 1917, chargé d'aménager le secteur d'attaque du Régiment, a accompli, sous la direction de son chef le Sous-Lieutenant de GOROSTARZU, des travaux longs et pénibles, après avoir été soumis pendant la période de préparation à de violents bombardements par obus à gaz et projectiles de tous calibres. A fait preuve, pendant la période d'attaque du 20 au 26 août 1917, du plus bel entrain en portant des munitions et du matériel aux unités de première ligne, en plein jour, à découvert et sous le feu nourri de l'ennemi »

- Le 4 septembre, le Régiment retourne à Laimont et Neuville -sur-Orme, pour revenir ensuite, en secteur, entre les Eparges et Bezaumont.

Le contraste est frappant entre ces plateaux et ravins rocheux de Verdun, où il ne reste pas trace de végétation, où la bataille fait toujours rage, et ces côtes de Meuse, si peu distantes, et la verdoyante forêt de Sommedieue où le calme est presque complet et où chacun se repose en savourant les fruits des vergers du château de Murauvaux et de Mont-sous-les-Côtes               

--->   1917 - IV - La Lorraine