La guerre de 1870-1871 (2) - Témoignages

 

Récit de la première phase de la bataille par M. Henry Charpentier, habitant de Sainte Marie-aux-Chênes  et témoin de la bataille.

« Après la sanglante journée de Gravelotte le 16 août, Bazaine n’eut qu’une pensée : se replier à l’abri des forts de Metz. Le maréchal Canrobert, s’estimant dans une position inutile et dangereuse à Vemeville obtint de Bazaine l’autorisation d’aller prendre position à Saint-Privat avec le VIe coips d’armée, ce qui fut fait dans la nuit du 17 au 18 août. De son côté Canrobert, pour se couvrir en avant, donnait mission au 94e de ligne d’occuper Sainte-Marie et de s’y maintenir envers et contre tout. Le régiment eut le temps d’occuper notre village avant l’arrivée des Allemands mais n’eut pas le temps de le mettre en état de défense. Les troupes allemandes débouchant de Batilly, de Jouaville et de Doncourt se portaient en direction de Saint-Ail-Auboué en vue de prendre de front la position de Saint Privât et de déborder en la tournant à l’aile droite de l’année de Canrobert.

L’artillerie prussienne avait déjà pris position au nord-est de Saint Ail pour pilonner les batteries françaises de Saint Privât quand le 94e, embusqué à Sainte Marie fit feu sur elle, lui faisant subir de grosses pertes. Alors le général von Pape, commandant la lre division d’infanterie de la garde prussienne dirigea la première attaque vers notre village (*), mais celle-ci se heurta à une vive fusillade du 94e dissimulé derrière les haies et les murs des jardins, et déterminé, malgré le feu des batteries de la garde à défendre le glacis qui s’étendait devant lui. Pour venir à bout de cette résistance, von Pape obtint le concours de l’artillerie de divisions voisines. Soixante-dix-huit pièces de canons couvrirent alors de feu notre village (*) et causèrent de lourdes pertes dans les rangs du régiment français.

Celui-ci ne perdit pas pour autant son sang-froid, il résista encore à plusieurs assauts de l’infanterie ennemie, laquelle cependant grâce au nombre élevé de ses effectifs et au soutien de l’artillerie gagnait du terrain. Mais isolé, sans aucun secours extérieur, malgré les appels du colonel Geslin, le 94e ne pouvait tenir indéfiniment : les munitions s’épuisaient, l’ennemi se rapprochait de plus en plus, on se faisait décimer inutilement sur place. Le colonel fit alors sonner la retraite. Ses hommes longeant les murs de notre village (*) (dont nombre de maisons brûlaient et s’écroulaient) et profitant des fosses, purent se retirer à l’abri d’un pli de terrain qui s’allonge de Sainte Marie vers Roncourt.

En route, ayant pu se réorganiser et ayant touché un caisson de munitions, les hommes du 94e firent feu une dernière fois sur l’ennemi qui s’emparait de notre village (*) qu’ils avaient si héroïquement défendu. C’était le 18 août 1870. 5 h 30 de l’après-midi sonnaient au clocher de Roncourt... Telle fut la défense de Sainte Marie-aux-chênes, prélude sanglant à la destruction de cette magnifique garde prussienne, l’orgueil du roi Guillaume. Le 19 août au matin, un général allemand qui occupait le village et surveillait l’enlèvement des morts, frappé de ne voir que le numéro 94 sur les képis restés à terre, s’adressa au curé (l’abbé Mouzon) qui prêtait son concours à cette triste besogne : « - Pasteur, combien y avait-il de troupes dans votre village ? - Un seul régiment, répondit le curé. - Oh ! un seul régiment ! dit le général, c’est trop de carnage chez nous ! 2 600 hommes de la garde prussienne avaient en effet été mis hors de combat. »

Michael Howard décrit ainsi la suite de l’attaque allemande vers Saint-Privat :

« Ainsi les lignes d’attaque de la garde, appuyées de puissantes colonnes, s’étendirent-elles à travers les champs sous Saint-Privat. Elles commencèrent à. remonter vers les Français et le massacre débuta. Les officiers à cheval furent les premières victimes. Les fantassins essayèrent bien de progresser sous le feu des chassepots, comme sous un orage dément, les épaules rentrées, les têtes courbées, se fiant aveuglément aux cris de leurs chefs, aux clameurs de leurs clairons et aux tambours qui roulaient.

Toutes les formations furent dissoutes ; les hommes abandonnèrent leurs colonnes pour ne former bientôt plus qu’une seule ligne épaisse d’attaquants obstinés qui progressèrent sur le damier de cultures jusqu’à une distance d’environ six cents mètres de Saint-Privat.

La bataille de Saint Privat - Le cimetière

Alors ils s’arrêtèrent. Rien ni personne ne pouvait plus décider les survivants à aller plus loin. Ils ne purent que s’accroupir en position de tir, et là ils attendirent l’attaque des Saxons, sur qui ils avaient pris une avance désastreuse et qui devaient arriver par leur flanc gauche. On déplora ce jour-là huit mille morts ou blessés, officiers et hommes de troupe, la plupart en une vingtaine de minutes ; soit plus du quart du corps d’armée présent. »

In The Franco-Prussian War: The German Invasion of France 1870-1871, Rupert Hart-Davis Ltd, 1961.

PS- D'autres témoignages détaillées figurent dans le livre du Capitaine M.FARGET << CENZUB-94°RI >> dont sont extraits  les pages  concernant la 2ème Restauration, Second Empire et  la période de la Commune.

pour son obtention:

Source de ces informations : Extrait du livre " CENZUB-94°RI " écrit par le Capitaine Matthieu FARGET - Officier Tradition du

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