33 - Waterloo

  DE LA 7ème COALITION

 L'ULTIME  BATAILLE

Prélude

En mars 1815, une nouvelle coalition se constitue au congrès de Vienne pour combattre Napoléon, qui a quitté l'île d'Elbe. Louis XVIII a fui à Gand. L'armée des alliés de Wellington et l'armée prussienne de Blücher arrivent les premières en Belgique.

La bataille de Waterloo s'est déroulée le 18 juin 1815. Elle s'est terminée par la victoire décisive de deux armées : celle des alliés, commandée par le duc de Wellington, composée de Britanniques, d'Allemands (contingents du Hanovre, du Brunswick, du Nassau) et de Néerlandais (unités belges et hollandaises) et celle des Prussiens, commandée par le maréchal Blücher ; toutes deux opposées à l'armée française dite Armée du Nord emmenée par l'empereur Napoléon Ier.

La commune de Waterloo se situe à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles, en Belgique. Toutefois, les combats n'eurent pas lieu à Waterloo mais un peu plus au sud, sur le territoire des communes actuelles de Lasne et de Braine-l'Alleud. La bataille a souvent été appelée en France « bataille de Mont Saint-Jean », lieu plus précis de l'engagement effectif[2]. En Allemagne, elle est appelée « bataille de la Belle-Alliance ».

Cette bataille est la dernière à laquelle prit part personnellement Napoléon, qui avait repris le contrôle de la France durant la période dite des Cent-Jours. Malgré son désir de poursuivre la lutte avec de nouvelles forces qui se reconstituaient, il dut, par manque de soutien politique, abdiquer quatre jours après son retour à Paris.

LES FORCES EN PRESENCE

Les forces et le plan de Wellington

L'armée de Wellington, appelée « Armée des Alliés », comprend, à Waterloo, 68 000 hommes répartis comme suit : 25 000 Britanniques, 17 000 Belgo-Hollandais, 10 000 Hanovriens, 7 000 Brunswickois, 6 000 hommes de la King's German Legion et 3 000 Nassoviens.

Wellington a déployé son armée sur le plateau de Mont-Saint-Jean, face au sud, de part et d'autre de l'axe Charleroi-Bruxelles. Par mesure de protection et de surprise, la plupart des unités sont sur la contre-pente mais le dispositif est précédé, d'ouest en est, par trois points d'appui constitués de grosses fermes barricadées et défendues : Hougoumont, La Haye Sainte et Papelotte.

Les forces et le plan de Napoléon

Le matin du 18 juin, l'armée de Napoléon (71 600 hommes) prend position à environ un kilomètre au sud du plateau avec :

Fichier:BatWIX.png

Plan de bataille - Disposition des forces en présence avant la bataille

 Numériquement, Napoléon n'a qu'une très légère supériorité en hommes mais son artillerie est beaucLe plan de Napoléon est de mener l'attaque principale à l'est et au centre en y incluant la ferme de la Haye Sainte (centre du dispositif allié). Il fait déployer 80 canons (appelés la grande batterie) devant le Ier Corps.oup plus nombreuse.    Afin d'attirer les réserves de Wellington vers l'ouest, il charge d'abord le IIe Corps de lancer, avec uniquement la division Jérôme (commandée par le frère de l'Empereur), une attaque de daiséeNapoléon préfère ne pas attendre l'offensive iversion à l'ouest, sur la ferme Hougoumont.Il a plu toute la nuit, le terrain est détrempé. La mise en place de l'artillerie, dans la boue, est difficile. Le début de l'attaque est retardé.Par la suite, l'efficacité des tirs est réduite (les boulets s'enfoncent dans la terre au lieu de rebondir par ricochets). La progression de l’infanterie et de la cavalerie n'est guère des Alliés et se lance à l'attaque. 

Espérant séparer Wellington et Blücher et les battre l'un après l'autre. Repoussant les Prussiens, il franchit la Sambre à Charleroi le 15 juin.

Le 16 juin, les troupes françaises, divisées en deux ailes, sont, le même jour, opposées à des unités de Wellington aux Quatre-Bras (une dizaine de kilomètres au sud du champ de bataille de Waterloo) et à trois des quatre corps prussiens à Ligny (une dizaine de kilomètres au sud-est des Quatre-Bras).

Le commandement de l'aile gauche française (1er et 2e Corps) est confié au maréchal Ney avec la mission de s'emparer des Quatre-Bras. Ney perd beaucoup de temps, ce qui permet l'arrivée de renforts alliés.

Avec les 3e et 4e Corps, Napoléon parvient à fixer les Prussiens à Ligny. Il veut saisir l'occasion pour les neutraliser définitivement. Pour cela, il ordonne au 1er Corps (réserve de Ney) de venir couper les arrières prussiens, quitte à retarder la prise des Quatre-Bras. Mal ou non informé de cette décision de l'Empereur, Ney rappelle cette unité qui fera donc un aller-retour inutile, privant ainsi Napoléon d'une victoire décisive sur les Prussiens.

L'armée de Blücher perd 12 000 hommes à Ligny. Les pertes françaises s'élèvent à environ 7 000. Le vieux maréchal de 73 ans, dont le cheval a été tué, échappe de peu à la capture mais son brillant chef d'état-major, Gneisenau, organise un repli remarquable sur Wavre sauvegardant la possibilité de rejoindre Wellington. L'armée prussienne est battue mais pas vaincue ; elle a sauvé l'essentiel de son artillerie et surtout conservé son esprit combatif. Napoléon, au contraire, surestime les effets de ce qui n'est qu'un succès tactique, pense les Prussiens hors de combat et en retraite vers Namur et Liège. Ce n'est que le lendemain, le 17, que Napoléon confie le commandement de son aile droite (34 000 hommes) au maréchal Grouchy avec mission de poursuivre les Prussiens.

Informé de la défaite des Prussiens, Wellington fait replier ses unités des Quatre-Bras sur la position reconnue de Mont Saint-Jean où Blücher a promis de le rejoindre. Le mouvement se fait discrètement, couvert par la cavalerie. Ney ne s'en aperçoit que le 17 après-midi alors que l'orage transforme le terrain en bourbier.

 L'attaque de diversion

À 11h30, à l'ouest, démarre l'attaque de diversion menée par le Prince Jérôme contre le château-ferme de Hougoumont. Le Prince s'acharne et, malgré le renfort d'une brigade voisine, toutes les attaques françaises sont repoussées. À 13h30, quelques hommes parviennent à pénétrer par une brèche ouverte à coups de hache dans une porte ; ils sont tous massacrés sauf un jeune tambour. Hougoumont devient, durant toute la journée, une bataille dans la bataille mobilisant inutilement 8 000 hommes du côté français contre seulement 2 000 du côté allié.

L'attaque du 1er Corps

À 13h00, à l'est, les quatre-vingts canons de la grande batterie déployés sur 1 400 mètres ouvrent le feu. À 13h30, le 1er Corps d'Erlon démarre la progression avec ses quatre divisions d'infanterie. Chaque division a un front d'environ 140 mètres (180 hommes) et une profondeur de 24 rangs. À l'ouest du dispositif d'Erlon, la division commandée par Quiot (en l'absence d'Allix) est chargée de prendre la Haye Sainte. Elle est flanquée d'une brigade de cuirassiers du Corps Milhaud (deux, selon certaines sources qui citent les brigades Travers et Dubois).

La Haye Sainte est fermement défendue par le bataillon du major George Baring de la King's German Legion. À l'est de la ferme, le général britannique Picton (qui y sera tué) mène une contre-attaque avec des régiments d'infanterie écossais. Wellington charge le commandant de sa cavalerie, Lord Uxbridge, de faire contre-attaquer les brigades de cavalerie lourde Sommerset et Ponsonby (dont les célèbres Scots Greys). Les Français, surpris en plein déploiement, sont sévèrement étrillés et se replient en désordre, subissant de lourdes pertes. Dans leur élan, les deux brigades de cavalerie britanniques vont même jusqu'à attaquer la grande batterie mais elles se font alors décimer par la cavalerie française restée en arrière et sont mises définitivement hors combat.

Malgré les déboires de la cavalerie lourde britannique et la mort du très compétent Picton, c'est un nouveau succès défensif pour l'armée de Wellington.

 Les charges de la cavalerie française

À 15h00, après réorganisation du 1er Corps et nouveau tir de préparation de la grande batterie, une nouvelle attaque est menée pour s'emparer du verrou que constitue la Haye Sainte. Suite à la canonnade, Wellington fait replier son centre. Ney croit à un repli général. D'initiative, il entraîne tous les cuirassiers de Milhaud suivis par la division de cavalerie de Lefèbvre-Desnouettes dans des charges à l'ouest de La Haye Sainte, là où l'infanterie alliée est toujours intacte. C'est le fameux affrontement de la cavalerie française et des carrés d'infanterie britannique. C'est aussi l'épisode (exagéré par Victor Hugo dans Les Misérables) du chemin creux.

Napoléon estime l'action prématurée mais, à 17h00, vu la situation, envoie, en renfort, le corps de cavalerie de Kellermann et la division de cavalerie de Guyot. Avec la cavalerie déjà engagée, cela fait un total de plus de 10 000 cavaliers français.

L'arrivée des Prussiens

Entre-temps, le 14 à 16 heures, Na poléon a dû déployer sur son flanc EST les divisions de cavalerie Domon et Subervie et le 6ème corps de Lobau afin de faire face à l'arrivée inopinée de l'avant-garde prusienne. Comme Napoléon a négligé ou ignoré le risque d'une intervention prusienne, les premiers éléments du IVème corps de Blücher ont pu déboucher du défilé de La Lasnes et occuper lebois de Paris sans aucune opposition.

Carte des forces en présence à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815

Carte des forces en présence à la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815

Quant à Grouchy, Napoléon lui aurait fait envoyer un courrier lui ordonnant de se rapprocher. Les heures d'envoi, de réception et l'interprétation du message font l'objet de discussions entre historiens. Le maréchal Soult, chef d'état-major à Waterloo, chargé de transmettre et de faire exécuter les ordres de l'Empereur, n'avait pas, dans cette fonction, la rigueur et l'efficacité de Berthier. Il est de toute façon trop tard pour que Grouchy puisse intervenir sur le champ de bataille. 16h30, le IVe Corps prussien attaque vers Plancenoit. Napoléon est face à une menace mortelle de débordement sur son flanc droit.    

Les combats de Plancenoit

Sur le flanc est, sous la pression des Prussiens du IVe Corps (Bülow), le corps de Lobau débordé a dû se replier. Plancenoit tombe aux mains des Prussiens vers 18h00. La division de la Jeune Garde commandée par Duhesme est envoyée pour reprendre le village, ce qu'elle réussit à faire mais un nouvel assaut des Prussiens les en chasse. Renforcés par deux bataillons de la Vieille Garde, les Français parviennent cependant à déloger l'ennemi à la baïonnette peu après 19h00. Le flanc droit de l'Armée impériale est momentanément stabilisé mais Napoléon a dû utiliser une partie de ses réserves.

Napoléon fait donner la Garde

      Protégé à l'est par l'arrivée des Prussiens du Ier Corps (Von Zieten), Wellington peut récupérer des unités pour renforcer son centre. Aussi à  19h30, quand Napoléon fait donner la Garde sur les positions alliées, il est trop tard.

Les grenadiers de Friant et les chasseurs à pied de Morand (dont fait partie le célèbre général Cambronne) ne peuvent rien contre la conjugaison de l'artillerie, de l'infanterie et de la cavalerie de Wellington.

La Garde impériale recule, ce qui jette le désarroi dans le reste de l’armée française.                    

À Waterloo, l'Empereur reste près de la Haye Sainte avec trois bataillons de la Garde, le 2e bataillon du 2e régiment de Grenadiers et de Chasseurs, menés respectivement par les généraux Roguet et Christiani et le 2e bataillon du 1er Chasseurs, commandé par le général Pierre Cambronne, célèbre depuis. Tous sont de la Vieille Garde. L'Empereur les fait s'ordonnancer en vue d'une attaque avec un bataillon au centre déployé et deux en colonne sur chaque flanc. Il peut ainsi soit appuyer l'attaque de Ney, quoique improbable, soit porter un autre coup de boutoir au centre droit anglais, soit les placer en vue de faire front à une offensive prussienne.

Toutefois la volonté de les ordonnancer de la sorte indique que la Garde va partir à l'attaque, à ce moment précis Napoléon est toujours occupé à une offensive.

Pendant ce temps, Ney emmène ses bataillons toujours en carrés à l'assaut du mont Saint-Jean. La ligne reçoit l'ordre de seconder son attaque.

L'artillerie à cheval de la Garde se glisse dans les espaces laissés entre les carrés. Quelques grenadiers à cheval survivant au carnage vont les aider.

Ils s'avancent contre la moitié de l'armée anglaise. Les cinq échelons vont bientôt être quatre, les deux bataillons du 3e Chasseurs s'étant rejoints et confondus. Sur la droite, le 1er bataillon du 3e Grenadier, ensuite le 4e Grenadier (un seul Bataillon), plus à gauche le 1er et 2e bataillon du 3e Chasseurs confondus ensuite le 4e Chasseur (un seul bataillon).

Mais Reille a pris du retard et est maintenant distancé, trop loin pour être efficace. La Garde s'avance seule sur les Coalisés prévenus et préparés à l'attaque. Ney qui vient de perdre son cinquième cheval tué sous lui monte à pied à côté du général Friant. L'artillerie anglaise tire à double charge de mitraille, la Garde est battue de front et d'écharpe[Quoi ?] par l'acier ennemi. Les « Serrez les rangs » sont répétitifs, les carrés rétrécissent. « À chaque déflagration, les Français ondulaient comme blé au vent », racontent les Anglais[réf. nécessaire]. Bientôt à portée de tir des fusils, le calvaire de la Garde commence.

Le 1er bataillon du 3e Grenadiers emmené par Friant engage et met en déroute un corps de Brunswick, prend deux batteries anglaises et aborde la gauche de la 5e brigade britannique du Major Général Sir Colin Halkett (4 bataillons). Il refoule ensuite le 2e bataillon du 30e régiment (Cambridgeshire) ainsi que le 2e bataillon du 73e régiment (Highland) qui reculent en désordre.

Le général Friant, qui vient d'être blessé retourne près de l'Empereur pour lui annoncer que « Tout va bien », car les faits se déroulant sur une hauteur, il est impossible de les voir des lignes françaises. C'est vraisemblablement à ce moment que Napoléon fait mettre en colonne d'attaque sa Vieille Garde pour attaquer les Prussiens.

En effet, l'Empereur n'ayant aucune raison de porter une attaque à un endroit où « Tout va bien », et sachant que les Prussiens menacent très sérieusement sa droite, c'est là qu'il décide de se porter. Ensuite il fera manœuvrer sur sa droite la Garde qui vient de monter dès qu'elle en aura fini avec les Anglais, puis il remontera à la Belle Alliance rechercher le 1er de la Garde, le lancera sur Plancenoit, puis après en avoir chassé les Prussiens continuera sa marche avec les troupes de la Garde déjà présentes à Plancenoit droit sur les Prussiens, le tout en appui avec la ligne. C'est en tout cas le scénario le plus vraisemblable : estimant maintenant l'armée de Wellington sur le point de rompre, l'on va tout naturellement se porter au-devant des Prussiens.

Le Général hollandais Chassé, ancien officier impérial, fait avancer la batterie Van der Smissen et prend de flanc le carré du 3e Grenadiers de la Garde déjà mal-en-point. Sortant de sa réserve, la brigade Detmer, forte de 3 000 hommes, écrase le faible carré français qui doit contenir moins de 400 hommes maintenant. Les grenadiers refoulés et rompus sont rejetés au bas de la pente, gravie si chèrement.

Le 4e Grenadier (un seul bataillon) avec à sa tête le général Harlet, engage pendant ce temps la droite de la même Brigade Colin Halkett, le 2e bataillon du 33e régiment (1er West Riding) et le 2e bataillon du 69e régiment (South Lincoln). Bien que fortement ébranlés, les Coalisés résistent. Halkett, le drapeau du 33e à la main, tombe grièvement blessé. Les balles pleuvent de part et d'autre. « C'est à qui tuera le plus longtemps », rapporte un soldat anglais.[réf. nécessaire]

Épisode célèbre, le bloc composé du 1er et 2e bataillon du 3e Chasseurs, menés respectivement par leurs chefs le général Michel et le Colonel Mallet, s'avance en direction du chemin creux de l'Ohain, distant de quelques dizaines de mètres. Devant eux un champ de blé, jaune doré d'abord, puis soudainement rouge, puis feu. Les 2 000 gardes de Maitland rangés sur quatre rangs se lèvent alors d'un bond et fusillent la Garde à moins de vingt pas. Ils étaient couchés, attendant l'attaque de la Garde et sortent comme un diable d'une boîte. Wellington en personne les commande, il est au bon endroit au bon moment.

Le choc est effroyable. Après le « carton » de l'artillerie sur ces Chasseurs, la fusillade tue net presque la moitié des deux bataillons. La ligne loin derrière déclarera que la fusillade était si intense qu'elle n'entendait plus ses propres coups de fusils. Il ne doit guère rester plus de 400 hommes à ce moment. À la prochaine salve, si un Anglais sur cinq fait mouche, l'échelon sera purement anéanti. Le général Michel est tué net. L'attaque est brisée, les premiers rangs sont fauchés, il faut désormais enjamber les cadavres.

Les batteries anglaises Ramsay et Bolton ajoutent leur mitraille sur les flancs de cette unité décimée. Malgré tout, la Garde essaie de former une ligne pour répondre au feu anglais. On se fusille encore, les rangs français continuent de s'éclaircir, les Gardes de Maitland, désormais rassurés à près de 10 contre 1, chargent à la baïonnette.

Fichier:Andrieux - La bataille de Waterloo.jpg 

La bataille de Waterloo

 Contre toute attente, ce qui reste de la Garde attend l'assaut, obligeant les batteries anglaises à cesser le tir pour ne pas blesser les leurs. Instant de répit sur les flancs pour prendre de face un choc dont l'inertie de la masse seule fait décrocher les survivants français. Les débris des deux bataillons de Chasseurs sont balayés du plateau, et se retrouvent en bas de la pente, Anglais et Français pêle-mêle.

Le bataillon du 4e Grenadiers suivant son chef, le général Henrion, débouche soudain et tente de dégager ses compagnons d'armes qui viennent d'être refoulés.                        

Les Gardes de Maitland à sa vue remontent les pentes aussi vite qu'ils les ont descendues. Chasseurs survivants et Grenadiers se reforment et remontent à l'assaut, de nouveau sous la mitraille.

À peine franchi le chemin d'Ohain, la brigade Adam forte d'un bataillon du 52e (Oxfordshire), du 71 e léger (Highland) et de six compagnies du 95e Rifles, qui s'était portée en potence sur les flanc de la Garde ouvre le feu. La Garde meurtrie est de nouveau fusillée. Les Gardes anglais de Maitland, s'arrêtant de courir, font demi-tour et recommencent à tirer sur les Français, épaulés par la brigade de Colin Halkett.

Les Hanovriens de William Halkett débouchent alors d'Hougoumont et fusillent dans le dos les survivants français. Le Colonel Mallet tombe mortellement blessé. Les Coalisés voient néanmoins les débris du bataillon des Chasseurs se déployer face aux Gardes de Maitland, les Grenadiers faisant marche sur la brigade Adam. La fusillade continue. Le colonel Colborn entraîne le 52e à la baïonnette, puis toute la troupe Coalisée à sa suite, les Chasseurs et les Grenadiers sont refoulés par cette marée humaine et retraitent, c'est la déroute.

Le cri de « la Garde recule », va par conséquent sonner le glas de la Grande Armée. L'inconcevable était arrivé. Pas tout à fait, car comme cela est expliqué dans l'annexe Garde Impériale, certains soldats de l'ancienne Moyenne Garde portaient des bonnets à poils, d'où la confusion. Pour les Anglais d'abord, qui crurent avoir repoussé la Vieille Garde, puis pour les Français qui prirent les débris de la Moyenne Garde pour la Vieille Garde. En tout cas, dans l'esprit qui régnait à ce moment-là sur le front, la seule vue de la Garde repoussée aura servi de déclencheur.

Des rumeurs de trahison circulaient depuis quelques jours ; on avait retrouvé des cartouches bourrées de son à la place de la poudre, la défection du Général Bourmont passé à l'ennemi avec son état-major, les manœuvres désorganisées et les attaques inefficaces avaient semé le doute parmi les soldats.

Aux cris de « La Garde recule », l'infanterie et les débris de la cavalerie qui devaient seconder l'attaque s'arrêtent net, pétrifiés, et commencent à redescendre la pente. Les têtes de colonnes prussiennes abordent les fantassins de Durutte à Papelotte. Un autre cri: « Sauve qui peut, nous sommes trahis ! » se fait entendre sur le champ de bataille ; la déroute se propage.

Quelques soldats qui se battaient encore sont balayés, les Prussiens se ruent à l'assaut. De la gauche à la droite, la ligne française cède et se débande.

Wellington s'avance sur le bord du plateau et agite son chapeau, c'est l'assaut des troupes coalisées sur les fuyards. 40 000 hommes se ruent sur les débris de l'armée française. À cette vue, le peu d'infanterie qui tenait encore ses lignes fait demi tour et regrimpe vers la Belle Alliance, on abandonne Hougoumont, la Haye Sainte. La cavalerie coalisée, soudain plus courageuse, sabre les fuyards aux cris de No quarter! (« Pas de quartier »). C'est la plus épouvantable confusion.

Napoléon, qui préparait l'attaque de la Vieille Garde, sait maintenant qu'il est vaincu mais espère organiser une retraite cohérente. Il fait rompre la colonne d'attaque de la Vieille Garde et la fait établir en carrés par bataillon. Pour mémoire, le 2e bataillon du 2e Grenadiers, commandé par Roguet, le 2e bataillon du 2e Chasseurs ayant pour chef Christiani, et le 2e bataillon du 1er Chasseurs avec à sa tête le futur légendaire Cambronne. Ils sont positionnés à environ cent mètres sous la Haye Sainte, le carré de droite sur la route de Bruxelles.

Les fuyards passent à côté de ces carrés, les hussards de Vivian se refusent à les combattre, les contournent pour sabrer les fuyards, proie plus facile. D'autres cavaliers coalisés les suivent. Napoléon lance contre eux ses escadrons de service qui sont submergés. Non loin de la route, Ney tête nue, l'uniforme déchiré et le visage noir de poudre, n'a plus qu'un tronçon d'épée à la main.

Il court rallier la brigade Brue de la division Durutte, seule troupe de ligne qui se replie en bon ordre, les jette dans la bataille en hurlant, « Venez voir mourir un Maréchal de France ». La brigade est dispersée rapidement. Ney refuse de quitter le champ de bataille, et entre dans un carré de la Garde.

Les trois bataillons de la Garde repoussent sans peine la cavalerie, mais les carrés sont une proie facile pour les fusiliers ennemis. Les trois bataillons sont cernés de toute part, mitraillés par l'ennemi, Les canons anglais tirent à 60 mètres. L'empereur ordonne à la Garde de quitter cette position intenable et de battre en retraite. Il galope ensuite vers la Belle Alliance.

Les bataillons de la Vieille Garde rejoints par le bataillon du 3e Grenadier de Poret de Morvan, placé précédemment en réserve, entament leur retraite pas à pas. Bientôt, les carrés sur trois rangs deviennent triangles sur deux rangs, tant les pertes sont lourdes. Les soldats trébuchent à chaque pas, tous les cinquante mètres il faut s'arrêter pour repousser une charge de cavalerie ou répondre à un feu d'infanterie. La retraite est considérablement gênée par les fuyards, la marche entravée par les cadavres.

La Garde est écharpée par les coalisés et bousculée par la ligne en déroute. Elle rétrograde entourée par l'ennemi qui est à portée de voix. Des officiers anglais crient à ces vieux soldats de se rendre. Exaspéré par la situation catastrophique et les incessantes sommations de l'ennemi, Cambronne à cheval au milieu d'un carré leur lance son fameux « Merde ! ». L'on[Qui ?] prétend qu'un sous-officier rajouta « La Garde meurt, mais ne se rend pas ». Cambronne tombera de cheval quelques instants plus tard, blessé à la tête par une balle, inconscient. Le célèbre tableau anglais montrant Halkett faisant prisonnier Cambronne au beau milieu de la Garde ne relate pas les faits. Cambronne sera fait prisonnier et épousera par la suite une anglaise.

Il semble d'ailleurs que le fameux « Merde » du général Cambronne soit un euphémisme, car plusieurs témoins ont déclaré : « Cambronne a dit aux Anglais d'aller se faire foutre! ». Il y eut même un procès à ce sujet. En tous cas, la vraie version ne sera jamais connue. Seule certitude, Cambronne a dit quelque chose à l'adresse des Anglais, et ça n'était sûrement pas un compliment. Cambronne est souvent(ou) associé aux Grenadiers alors qu'il commandait des Chasseurs.

La déroute est totale, les carrés de la Garde qui ont maintenant rejoint le plateau de la Belle Alliance sont presque anéantis. La confusion est telle que certains cavaliers coalisés se chargent mutuellement. La brigade Adam est prise pour cible par l'artillerie prussienne.

Dans Plancenoit c'est toujours le carnage, la Garde demeure inexpugnable. Les Prussiens des divisions Hiller, Tippelkirsh et Ryssel doivent prendre le village rue par rue, maison par maison, pièce par pièce. La résistance est farouche. Le village est en feu, les débris incandescents s'abattent sur les combattants, les toits de chaume s'embrasent. C'est un enfer.

Un bataillon entier de la Jeune Garde est exterminé dans le cimetière. Son chef, Duhesme est mourant. Plancenoit sera le tombeau de la Jeune Garde. Le Tambour-Major Stubert du 2e Grenadiers assomme les Prussiens avec le pommeau d'argent de sa canne. On s'égorge comme à Ligny. Le Major Prussien Von Damitz, est obligé de constater : « Il faut anéantir les Français pour s'emparer de Plancenoit ».

». Tous les Gardes valides entendant ce cri retournent se rallier autour de leur emblème. De Plancenoit déboulent pêle-mêle Français et Prussiens.

À la vue de la Garde en retraite, certaines unités françaises commencent à se débander. Les Prussiens de Von Zieten (Ier Corps) accentuent leur pression sur la Papelotte mais, surtout, les renforts continuels que reçoit le IVe Corps prussien lui permettent de conquérir définitivement Plancenoit et de menacer directement les arrières de Napoléon. La panique gagne l'ensemble du front français et la déroute s'amplifie. Wellington lance l'ensemble de l'armée alliée en avant. Toute résistance organisée cesse. Hormis quelques rares bataillons de la Garde, l'Armée du Nord s'enfuit dans le plus complet désordre, abandonnant l'essentiel de ses bagages et de son artillerie. Vers 22h00, Wellington et Blücher se rencontrent. La légende veut que ce soit à la ferme de la Belle-Alliance (nom prédestiné dû au mariage d'un valet de ferme avec sa riche patronne devenue veuve). Plus vraisemblablement, cette rencontre a eu lieu au sud, à l'approche de Genappe. Napoléon a fui, échappant de peu aux avant-gardes prussiennes. Wellington, dont les troupes sont épuisées, laisse aux Prussiens la tâche de poursuivre. Wellington rentre à son QG, y rédige son rapport et donne à la bataille le nom de l'endroit où il se trouve : Waterloo.

CONCLUSIONS

Les principales causes de la victoire des alliés sont les suivantes :

Du côté français :

  • Napoléon se prive des services de Davout et de Suchet, pourtant ses maréchaux les plus capables, et nomme Ney et Grouchy, bons soldats mais médiocres tactitiens, à des postes trop importants pour eux[réf. nécessaire].
  • Sous-estimation par Napoléon de la cohésion des troupes alliées et prussiennes et mauvaise perception des résultats, non décisifs, de la bataille de Ligny.
  • Mauvaises transmissions et ambiguïté des ordres : à Ney (1er Corps à Ligny), à Grouchy bloqué à Wavre : l'important n'était pas que Grouchy rejoigne Waterloo mais qu'il empêche les Prussiens d'y arriver.
  • Engagements tardifs le 16 juin aux Quatre-Bras et à Ligny et le 18 juin à Waterloo où la bataille aurait pu commencer plus tôt (l'état du terrain n'a pas contrecarré les mouvements prussiens !) et où la Garde aurait pu « donner » lorsque Ney demandait des renforts pour l'estocade.
  • Manque de coordination des armes : Jérome attaque Hougoumont sans préparation d'artillerie ; Ney lance des charges de cavalerie en oubliant son infanterie ; la Garde « donne » sans appui d'artillerie et quand il n'y a plus de cavalerie.
  • Mauvais choix du lieu des dernières attaques : Ney lance ses charges de cavalerie à l'ouest de la Haye Sainte où la position alliée est la plus solide alors que l'infanterie n'y a même pas été fragilisée ; la Garde attaque à l'ouest (emmenée par Ney) plutôt qu'à la Haye Sainte.
  • Détail non négligeable : les canons alliés capturés sont laissés intacts, permettant à chaque fois aux artilleurs de Wellington de les réutiliser.

Du côté allié et prussien :

  • Cohésion meilleure que ce qu'on pouvait attendre de l'armée de Wellington, pourtant composée de troupes de multiple provenance.
  • Connaissance du terrain par Wellington qui avait repéré les lieux un an avant et a décidé du lieu de la bataille.
  • Sang-froid et ténacité des troupes alliées dont très peu d'éléments se débanderont malgré les attaques répétées des Français.
  • Combativité et allant des troupes prussiennes jamais découragées par les revers initiaux.
  • Décision de Gneisenau après Ligny de retraiter vers Wavre et donc de rester potentiellement en contact avec Wellington.
  • Energie de Blücher qui pousse ses troupes en avant et les lance sur les Français alors qu'elles ne se sont pas encore regroupées. Son activité jusqu'à la nuit tombée transformera la défaite française en désastre irréparable.

 --->   34 -  La Vielle Garde à Waterloo