20 - La bataille de Friedland - 1807

La 4ème coalition (suite)

La bataille de Friedland

Deux années auparavant, l'Europe s'embourbait dans la guerre de la Troisième Coalition, que la bataille d'Austerlitz du 2 décembre 1805 vînt dissoudre. La Prusse prit alors les armes et se dressa devant Napoléon, dans le but de regagner sa place de puissance continentale.

La bataille de Friedland (14 juin 1807), a vu l'armée française sous le commandement de Napoléon Ier s'imposer de manière décisive face à une armée russe dirigée par Levin August von Bennigsen. Elle eut lieu à environ 43 km au sud-est de Königsberg.

La bataille marqua la fin de la guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807), au cours de laquelle les monarchies européenes se liguèrent contre la France napoléonienne. Après près de 23 heures de combats, l'armée française se rendit maîtresse du champ de bataille, abandonné par une armée russe se retirant dans la chaos le plus complet au-delà de la rivière Alle, où nombre de fuyards se noyèrent.

« Friedland vaudra Austerlitz, Iéna ou Marengo, dont je fête aujourd'hui l'anniversaire », lance Napoléon Ier au soir de la grande bataille qu'il vient de livrer, le soir de ce 14 juin 1807. Modèle de manœuvre et de jugement, comparable à Austerlitz dans sa conception, la bataille de Friedland marque, quelques mois après la bataille d'Eylau, une défaite sans appel pour l'armée russe.

Après avoir écrasé les Prussiens à Iéna et à Auerstaedt le 14 octobre 1806, faisant perdre à la Prusse 40 000 soldats, 300 canons et 60 drapeaux, Napoléon entre dans Berlin puis s'élance en Pologne où les Russes se regroupent.

Mais l'hiver arrive, la Grande Armée s'enlise dans la boue, les épidémies font des ravages et les Russes étant introuvables, Napoléon prend ses quartiers d'hiver autour de Varsovie et compte sur le printemps pour en finir avec la quatrième coalition.

Le maréchal russe Bennigsen prend l'initiative en janvier 1807 ce qui oblige Napoléon à engager la terrible et indécise bataille d'Eylau le 8 février. L'ennemi se replie en bon ordre et Napoléon doit se retirer vers le sud

Le 26 mai, la Grande Armée marche sur Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad) que Bennigsen va tout faire pour garder. En effet, cette ville abrite de nombreux dépôts et magasins, indispensables au ravitaillement de son armée mais elle accueille aussi le roi et la reine de Prusse, en exil depuis que Napoléon a investi Berlin, capitale de la Prusse. Les Russes franchissent l'Alle à Friedland (actuelle Pravdinsk) pour éviter la manœuvre de Napoléon.

Le 10 juin 1807 

Eut lieu la bataille d'Heilsberg entre l'armée française commandée par Napoléon et l'armée russe commandée par Bennigsen, , à proximité de la ville d’Heilsberg. Ce qui permit la confrontation à Friedland.

la-bataille-d-heilsberg-1807.pngCharge des Hussards  Les Russes, commandés par Benningsen, ont lancé leur attaque en premier. Napoléon décide de les contre-attaquer.Il ordonne au 4e corps d'armée (Soult) de franchir la rivière Passarge à Elditen le 8 juin au nord, et au 6e corps d'armée, accompagné de la Garde impériale, du corps d'armée de réserve (Lannes) et de la cavalerie de réserve (Murat), de franchir cette même rivière à Deppen le 9 juin. Le 6e corps d'armée atteint Guttstadt (Dobre Miasto) le 9 à 20h, et le 4e Heilsberg, afin d'y livrer bataille contre les Russes qui s'y sont repliés.           

Le 6e corps d'armée atteint Guttstadt (Dobre Miasto) le 9 à 20h, et le 4e Heilsberg, afin d'y livrer bataille contre les Russes qui s'y sont repliés. Le matin du 10, 50 000 hommes des 4e corps et de la cavalerie de réserve sont rassemblés devant Heilsberg, avec la garde en réserve

Le 6e corps et le corps de réserve ne sont pas encore arrivés, et les Russes retranchés autour de la ville sont 90 000. Soult et Murat se lancent alors à l'attaque, subissant de lourdes pertes (plus de 10 000 hommes), mais Lannes les rejoint en fin d'après-midi, et les soutient alors.

Le 11 juin:, leurs forces parviennent à déborder la droite de Bennigsen, qui ordonne le 12 l’abandon du camp retranché et le repli sur Friedland où se livre, le 14 juin, la bataille décisive.

Le 13 juin:Pensant avoir une journée de marche d'avance sur l'armée française, Bennigsen installe de fortes batteries d'artillerie sur la rive droite de l'Alle et fait passer une avant-garde réduite sur la rive gauche.

Dans la soirée, le maréchal Lannes et ses 10 000 hommes s'arrêtent à quelques kilomètres de Friedland. Bennigsen ne  voit, dans le léger accrochage qui s'ensuit, qu'un simple combat d'avant-poste et ne pense pas avoir à livrer une véritable bataille.

Le 14 juin : Les forces françaises progressant à marche forcée présentent un dispositif assez étiré : ils n'ont que 25 000 hommes à opposer aux 56 000 Russes aux premières heures du jour. À la fin du combat, les Français réussissent à engager 55 000 hommes.

Bennigsen dispose d'une énorme supériorité numérique : 84 000 hommes, mais ses erreurs stratégiques annulent cet immense avantage. Les conditions de la bataille sont bien différentes de l'affrontement d'Eylau : pas de tempêtes de neige, mais la lourde chaleur d'un été précoce.

Vers 4 heures du matin (soit au lever du jour), Lannes ("le Roland de l'armée d'Italie") renforcé par les 10 000 dragons de Grouchy, engage le combat et jette le trouble dans les colonnes russes qui passent le pont de l'Alle. Bennigsen, qui ne peut penser que l'armée française a parcouru en douze heures le trajet qu'il a mis trois fois plus de temps à couvrir, réagit mollement à ce qu'il pense être une simple escarmouche.

Vers 7 heures, Lannes, appuyé par le 8e corps de Mortier, dispose de 20 000 hommes tandis que Bennigsen, apprenant que l'ennemi gagne en puissance, fait passer ses 50 000 hommes sur la rive gauche.

Ceux-ci arrivant sur une plaine en forme de goulet vont combattre dos au fleuve, leur interdisant de battre en retraite en bon ordre.

Napoléon, de son côté, arrive d'Eylau avec la Garde impériale à pied et le 1er corps de Victor vers 12 heures 30, le reste de la Grande Armée suivant à moins de deux heures

Fichier:Napoleon friedland.jpg.       Napoléon à la bataille de Friedland,    

L'empereur, souriant et détendu, monte sur une hauteur d'où il peut embrasser tout le champ de bataille. Son état-major l'entoure. Comme il est déjà tard, certains de ses lieutenants proposent de remettre l'action au lendemain. « Non, non, on ne surprend pas deux fois l'ennemi en pareille faute » répond Napoléon, et il prépare l'attaque générale.

En début d'après-midi, les deux armées sont rangées face à face, prêtes à livrer bataille. Acculés à la rivière Alle et massés devant Friedland, les Russes forment un demi-cercle dont la Grande Armée occupe la circonférence. C'est une des manœuvres préférées de l'Empereur : briser le centre pour battre séparément les deux ailes. La ville prise, les ponts détruits pour couper la retraite de l'ennemi et il n'aura plus qu'à culbuter les Russes à la rivière.

Le 14 octobre 1806 : L'attaque commence plus tard, vers 17 heures. Napoléon saisit le bras du maréchal Ney et en désignant le village de Friedland, il lui dit :

« Voilà votre but, marchez sans regarder autour de vous, pénétrez dans cette masse épaisse quoi qu'il puisse vous en coûter, entrez dans Friedland, prenez les ponts et ne vous inquiétez pas de ce qui pourra se passer à droite, à gauche ou à l'arrière. L'armée et moi sommes là pour y veiller. »

Ney part aussitôt au galop pour organiser son attaque. Ses forces avancent en direction de Friedland sous le feu de l'infanterie et des 100 canons ennemis, vomissant des milliers de boulets et de boîtes à mitraille. Le maréchal ordonne la marche en avant, l'arme au bras..

friedland-2.jpg                  La charge des Dragons  La fumée, provoquée par des milliers de fusils et de centaines de canons, couvre et masque les masses de l'adversaire. Si bien que la 3e division oblique trop à droite. Ney ordonne à un colonel de l'appuyer à gauche. Mais pendant qu'il lui parle ce dernier se fait enlever par un boulet. Un commandant met aussitôt son chapeau au bout de son épée en criant : « Vive l'Empereur ! En avant ! » Un second coup arrive et le commandant tombe sur les genoux, les deux jambes coupées.                              

 Un capitaine succède et fait exécuter le même mouvement. Soudain, le maréchal Ney arrive en personne et encourage ses hommes à grands coups de « Foutres noms de Dieu ». La marche vers la ville reprend, l'ennemi est refoulé malgré l'intervention de la Garde Impériale russe. « Cet homme, c'est un lion » s'écrie avec admiration Napoléon à Mortier.

Le résultat semble incertain, mais la vaillance des dragons du général Latour-Maubourg permet à Ney de se dégager.

De plus pour appuyer l'action du maréchal, Napoléon met à la disposition du général Sénarmont 36 pièces d'artillerie. Celui-ci réalise un exploit : tirant 2 800 boulets à 120 mètres des troupes en progression, ignorant leur feu, l'artillerie française décime à bout portant les carrés russes et fait rebrousser chemin à une charge de cavalerie. Il donne la victoire, une victoire éclatante et totale aux Français. En effet, Ney repart à l'assaut puis s'empare de Friedland et détruit les ponts.

Le flanc droit russe est culbuté dans la rivière par une dernière charge à la baïonnette des troupes de Lannes et Mortier. La victoire est totale vers 22 heures 30. 

Les conséquences

Les généraux russes supplient le Tsar de solliciter un armistice : les émissaires qu'il envoie à Napoléon, le 16 juin, sont bien accueillis. Le même jour, Königsberg tombe aux mains des Français et, trois jours plus tard, la Grande Armée atteint la rive du Niémen, mais l'Empereur ne se sent pas les moyens de poursuivre l’ennemi au-delà de ce fleuve. Il craint surtout de voir l’Autriche rejoindre la coalition et attaquer la Grande Armée si loin de ses bases. De son côté, Alexandre redoute une révolte de paysans en Ukraine et une offensive des Turcs ottomans sur le Danube.

Le 25, le Tsar rencontre l'Empereur de tous les Français sur un radeau placé au milieu du Niémen, « la nouvelle frontière du monde » s’exclame Napoléon. Alexandre aurait abordé Napoléon en disant « Sire, je hais autant les Anglais que vous » et Napoléon de répliquer : « En ce cas la paix est faite ».

Le 7 juillet, les deux chefs d'état signent, à Tilsit, le traité du même nom. La Russie devient alliée de la France, elle abandonne ses territoires en Méditerranée, en échange de la Dalmatie et des Îles Ioniennes, et le droit d'agir en Finlande en échange de l'active participation de la Russie au blocus continental mené contre le Royaume-Uni. Ce traité comporte aussi des articles secrets, comme le dépècement de l’Empire ottoman.

Préalablement, la France signa un traité avec la Prusse afin de la tenir éloignée des principales négociations. : Elle perd l’ensemble de ses territoires à l’ouest de l’Elbe qui formeront le royaume de Westphalie, avec à sa tête le frère de l’Empereur, Jérôme. il doit cèder ses possessions en Pologne afin de constituer le grand duché de Varsovie et doit verser une lourde indemnité de guerre. Jamais l’Empereur n’a atteint un tel degré de puissance.

 Il s'agissait cependant d'une paix relativement clémente, en comparaison avec celle imposée à la Prusse, défaite à l'issue de la campagne de Prusse et de Pologne. En effet, tous les territoires à l'ouest de l'Elbe lui sont amputés afin de former le nouveau Royaume de Westphalie dirigé par Jérôme, frère de l'Empereur.

---> 21 - les Traités de Tilsitt - 1807

 

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