3 - Valmy (suite)

   L'ESPRIT DE LA REPUBLIQUE

PORTEE STRATEGIQUE ET CONSEQUENCES

La retraite des Prussiens étonne bien des observateurs. Les suppositions vont bon train : le duc de Brunswick n’aurait-il pas été acheté par Georges Danton avec les diamants de la couronne royale de France, volés quatre jours plus tôt (16 septembre 1792) au garde-meuble[6] ? Quelques jours plus tôt, l’invasion de la Pologne par la Russie et l’Autriche a aussi commencé; or la Prusse a besoin de cette armée pour participer au partage. On envisage une négociation entre Dumouriez et Brunswick (absent au début de l'engagement qui n'aurait été qu'un simulacre).

Présentée parfois, surtout après la disgrâce de Dumouriez, comme une simple canonnade où la vigueur citoyenne et des tractations occultes auraient fait reculer une armée d'invasion troublée par une dysenterie due à la consommation de raisins verts, la victoire de Valmy est toutefois aussi le résultat des choix du commandement qui permirent de rétablir une situation stratégique compromise.

Avant la bataille, les débris vaincus de troupes françaises inexpérimentées venaient de perdre leurs chefs et leurs places fortes et reculaient devant une armée entraînée, cinq fois plus nombreuse, qui n'avait plus d'obstacle vers l'ouest pour prendre Paris et y libérer Louis XVI. La défense même de la capitale, retardée par le veto du Roi, semblait incertaine, dans le chaos politique de la mise en place de la Convention.

La manœuvre de Dumouriez qui concentre ses troupes sur les arrières de l'ennemi, est un choix tactique qui :

  • facilite la jonction avec Kellermann

  • coupe potentiellement l'approvisionnement et les communications de l'armée d'invasion,

  • permet de prendre pour terrain de la bataille décisive un plateau favorable au déploiement de l'artillerie, seul point fort des troupes françaises ;

  • met les forces françaises dans une situation où il leur suffit de tenir le terrain alors que l'ennemi doit les disperser complétement pour pouvoir poursuivre son mouvement.

Continuer vers l'ouest pour Brunswick, en ignorant les 20 000 Français aurait en effet été dangereux : il aurait pu se faire prendre à revers lors du siège de Paris qu'il allait conduire. Il lui était également impossible de temporiser, car il risquait d'être pris en tenaille par une sortie des parisiens, sans être ravitaillé. Il lui fallut donc se confronter au plateau choisi par les Français, cas inhabituel d'une armée contrainte au demi-tour après avoir pourtant forcé le passage. N'ayant pas pu disperser les Français, il n'eut d'autre choix que de repasser au nord-est, pour retrouver ses liaisons avec ses arrières. Les troupes de Dumouriez pouvaient alors le poursuivre et être renforcées depuis la capitale par la levée en masse de la nouvelle République.

 

Le 21 septembre 1792, la nouvelle parvient à Paris. Assurée de la sauvegarde du pays, sûre de sa force, la Convention nationale proclame l'abolition de la royauté, à laquelle se substitue la République. Kellermann passe pour le sauveur de la patrie. 80 000 ennemis, qui avaient marché comme en triomphe, reculent alors et l’armée française inexpérimentée, devant des soldats aguerris et disciplinés, s’aperçoit que le courage et le patriotisme peuvent la rendre redoutable. La bataille de Valmy est donc à l’origine du mythe du citoyen en arme qui fonde la conscription (ou service militaire).         

Plus que la valeur tactique de la défense du plateau (liée surtout à la puissance de l'artillerie), plus même que le caractère du commandement (Kellermann dynamisant des recrues et évitant la panique) ou que l'enthousiasme des troupes, c'est cette manœuvre stratégique (peut-être involontaire ?) qui est à mettre au crédit du général dans ce « miracle de Valmy ». Les conséquences de cette bataille furent l’évacuation du territoire français par l’armée coalisée le 22 octobre suivant. Goethe, qui a assisté à la bataille aux côtés du duc de Saxe-Weimar a affirmé en 1822 avoir prononcé alors ces mots prophétiques : « D’aujourd’hui et de ce lieu date une ère nouvelle dans l’histoire du monde ». En réalité cette formule pourrait bien être inspirée d'une phrase contemporaine de Christoph Friedrich Cotta, complétée par une formule imitée de la rhétorique de Napoléon Bonaparte.

---04 - Evolution de Bonaparte